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9 janvier 2008

Individu ou communauté? A propos de la querelle qui oppose le GRECE au Club de l’Horloge, Robert Steuckers

Publié par vertusetcombat dans Archives

Dans les colonnes de la revue Eléments (1), nous avons pu lire, récemment, une polémique opposant Alain de Benoist, maître à penser de GRECE (« Nouvelle Droite » dans le langage médiatique), et Henry de Lesquen, Président du Club de l’Horloge. Ce dernier défendait un « libéralisme national », teinté de néo-libéralisme, inspiré de Hayek, et justifié, très curieusement, par des références à la trifonctionalité de la plus haute antiquité européenne et indienne (structuration des sociétés antiques en trois strates, exerçant les fonctions souveraine, militaire et productive; cette trifonctionalité a été mise en exergue par Georges Dumézil). Face à ces affirmations, Alain de Benoist soulignait, non sans malice, les contradictions de son contradicteur, les qualifiant de « rhétorique hybride » et les jugeant plus « instrumentales » que pertinentes. Parce qu’il n’est pas possible, expliquait le théoricien « néo-droitiste », de marier durablement et sérieusement le libéralisme, qui repose sur une méthodologie individualiste, et le nationalisme, qui repose sur l’appartenance à une collectivité, à une communauté, appartenance qui appelle l’application d’une méthodologie holiste (du grec holos, signifiant « le tout », « entier »).

Cette opposition entre une méthodologie individualiste et une méthodologie holiste constitue, en fait, le fond de bien des débats en matières économiques. Car il est vrai que théoriciens et praticiens raisonnent soit au départ d’un individu détaché de tout lien social soit au départ de communautés fonctionnantes de manières diverses. Il nous semble opportun d’embrayer sur la dispute opposant de Lesquen à de Benoist pour rappeler quelques étapes de l’histoire des pensées économiques (2).
La querelle individualisme/communautarisme (nous schématisons pour ne pas déborder le cadre de cet article) nait à la fin du XVIIIième siècle. En Angleterre, Adam Smith théorise les premiers balbutiements du libéralisme économique. Tous les ingrédients délétères de cette idéologie sont déjà présents dans ses écrits. Pour lui, l’agent économique idéal est un être rationnel, calculateur et replié sur lui-même. Il n’a ni famille ni patrie ni collègues ni compagnons. Il maximise ses profits et invente la division du travail, ruinant du même coup, en bout de course et dans beaucoup de régions du monde, les cultures vivrières, reposant sur une logique de pure survie communautaire – et donc de proximité charnelle entre les hommes qui composent la communauté - et non pas sur un calcul rationnel ou sur une logique marchande, où des individus isolés les uns des autres entrent en concurrence pour maximiser chacun leur profit. A partir de cette vision d’un agent économique strictement individuel, banquiers londoniens et « révolutionnaires » français enclenchent un processus désastreux: les corps intermédiaires sont supprimés en France en 1791, les terres communales des villages sont achetés par les plus offrants, les paysans britanniques sont poussés vers les villes industrielles et prolétarisés, ou contraints d’émigrer au Canada, en Australie ou aux Etats-Unis. Pire: de s’engager comme matelots dans la flotte de Sa Très Gracieuse Majesté ou comme soldats pour aller mourir en Inde ou au Transval.

Toute la pensée économique alternative, hétérodoxe, du XIXième siècle s’insurgera contre l’éradication des communautés charnelles qui unissaient les hommes, impliquaient la solidarité et la logique du don. Les réactions à l’orthodoxie smithienne et à la logique du calcul se feront en ordre dispersé. Les choses n’ont pas changé. Tout mouvement politique réellement alternatif en Europe devrait pouvoir suggérer un programme économique reposant, en dernière instance, sur les principes de ces multiples hétérodoxies.

Dès le début du XIXième, des théoriciens s’aperçoivent que l’économie dépend du contexte. Et que l’économie que l’on pratique en Grèce ne peut pas être la même que celle que l’on pratique en Suède. Les priorités seront différentes, les produits s’échangeront sur des bases différentes, les traditions induisent des comportements économiques différents, etc. Conséquence: les « lois » avancées par l’orthodoxie devaient être relativisées à outrance. Tel a été le message de l’Ecole historique allemande (Roscher, Hildebrand, Knies, Schmoller). De leur côté, les institutionnalistes américains remarquaient (Veblen, Clark, etc.) que les comportements économiques variaient de classe à classe. Et s’il y a relativité en tous domaines, s’il y a différences et variations à l’infini des facteurs économiques, il ne peut jamais y avoir d’ »équilibre général »: il n’y a que de l’ »instabilité innovante ». En effet, l’erreur méthodologique des idéologies dominantes a été de croire possible un équilibre durable voire définitif. Le libéralisme croyait que cet équilibre se réalisait en permanence grâce à l’intervention tacite de la « main invisible ». Le marxisme voulait parvenir par la révolution à un équilibre socio-économique définitif; la synthèse de Keynes, par un interventionnisme ponctuel, favorisant la demande à court terme. Or la réalité n’a jamais cessé de prouver que les innovations bouleversent les équilibres. L’économiste viennois Joseph Schumpeter sera celui qui dégagera de la façon la plus convaincante l’économie de l’isolement où l’avait confinée les orthodoxes libéraux et keynésiens.

En effet, portée par cet homme rationnel et calculant, évoluant en dehors de toute communauté, l’économie était « autonomisée » par rapport à l’histoire, à la sociologie, bref à tout type de contexte. Schumpeter dit, lui, que l’économie est inséparable d’une évolution d’ensemble et qu’il faut lier l’évolution économique à l’évolution sociale, politique, culturelle et technique. L’innovation technique, de fait, propulse à l’avant-scène les entrepreneurs innovateurs et dynamiques et relègue à l’arrière-plan les entrepreneurs routiniers. La montée d’un nouveau procédé technique entraîne des ruptures, donc cette instabilité innovante et permanente qui réfute toutes les notions d’équilibre. En conséquence, l’homme politique intelligent doit favoriser l’innovation, prévoir les nouvelles combinaisons qu’elle va impliquer et harmoniser des flux, des fluidités, plutôt que les équilibrer en les figeant. Les multiples structures d’une société s’entrechoquent, provoquant des affrontements et des distorsions, ce qui implique que l’économie de mon pays ou de ma région sera toujours nécessairement autre demain, différente d’aujourd’hui et d’hier. L’homme politique doit donc avoir des vertus décisionnaires et prévisionnelles non messianiques (prévoir mais sans croire qu’il y aura inéluctablement des lendemains qui chantent, par l’effet d’on ne sait quelle magie); et c’est précisément parce qu’on n’a pas suffisamment pensé l’économie en terme de dynamique que les pays européens, dans les années 60 et 70, n’ont pas investi à temps dans certains secteurs de l’industrie et accusent de ce fait un retard par rapport aux Etats-Unis et au Japon. La responsabilité des tenants du court terme et des maniaques de l’équilibre est écrasante dans le retard accusé par l’Europe en industries informatique, biotechnologique, etc.

Contrairement à l’orthodoxie libérale, qui semble triompher aujourd’hui à la suite de l’effondrement du socialisme soviétique, l’hétérodoxie théorique en économie favorise clairement les logiques économiques dérivées des communautés humaines, des réflexes historiques souvent pluriséculaires, des institutions sociales modelant les mentalités, des psychologies particulières des peuples. A l’heure où le modèle communiste est passé de vie à trépas et au moment où le libéralisme pur à l’américaine sent approcher la faillite, les issues s’inscrivent forcément dans le cadre de ces hétérodoxies économiques, attentives aux particularités et aux communautés humaines, hétérodoxies qui ne se sont jamais incarnées dans aucun régime politique.

Pour revenir à la querelle entre de Lesquen et de Benoist, nous dirions que le vieux débat triangulaire entre partisans du laisser-faire libéral et de la dérégulation généralisée, partisans du monolithisme socialiste de type soviétique et partisans des équilibres keynésiens a cessé d’être pertinent. Devant la déliquescence de tous les secteurs non marchands aux Etats-Unis à la suite des remèdes de cheval reagano-libéraux, devant l’implosion sociale américaine où ne cessent d’augmenter le taux de criminalité et le nombre des suicides, plus aucune référence au libéralisme de mouture anglo-saxonne n’est encore intellectuellement défendable, au même titre que toute référence au keynésianisme (vu la traduction qu’en ont fait les sociales-démocraties routinières et sans audace) ou au marxisme soviétique (vu l’état des économies est-européennes). Tant pis pour les droites qu’inspirent les amis de Henry de Lesquen, droites qui se situent à l’intersection du RPR moribond et du FN qui consolide ses positions mais qui ne les renforcera pas s’il n’offre pas un message communautaire, gros d’une solidarité nouvelle, à ses électeurs qui votaient traditionnellement socialiste ou communiste.

Dans sa réponse aux objections de Henry de Lesquen, Alain de Benoist regrettait que le Club de l’Horloge ne faisait plus aucune mention de l’¦uvre de François Perroux, alors qu’il avait été l’un des maîtres à penser de Blot, de Lesquen, de Le Gallou, etc., à leurs débuts. Alain de Benoist partage l’opinion de bon nombre d’observateurs qui estiment que c’est par pur opportunisme, par engouement pour les modes anglo-saxonnes, que les dirigeants du Club se sont mis à citer Hayek en même temps que Mme Thatcher et Ronald Reagan. Le Club de l’Horloge a ainsi abandonné une référence française hétérodoxe, qui avait brillamment théorisé le principe de « communauté » (3) et acquis une notoriété internationale notamment en Amérique latine. Perroux n’est pas un Savonarole qui prêche la révolution « communautariste » et veut imposer ses idées par le fer et par le feu. Il est d’abord un humaniste qui n’a pas une vision réductrice de l’homme, qui en ferait un être calculant, exclusivement rationnel, totalement détaché par rapport à autrui. L’homme de Perroux peut éventuellement calculer, se comporter rationnellement mais son fond recèle bien davantage de potentialités: l’homme peut renoncer à son plaisir égoïste pour poursuivre des objectifs non rentables, pour réaliser des valeurs qu’il estime hiérarchiquement supérieures à d’autres, pour assurer le bien-être des siens, pour s’adonner à des études ou à des recherches. Si l’on fait sienne cette vision différenciée de l’homme, l’objectif du pouvoir doit être de favoriser l’éclosion de toutes ces potentialités en puissance et non encore en acte. Et d’éliminer les obstacles de toutes natures qui pourraient empêcher leur déploiement: dans ce sens le communautarisme de Perroux assure la liberté, celle de tous à donner aux autres les productions de leur travail ou de leur génie, ce qui est le contraire diamétral d’une liberté qui consiste en la licence d’exploiter autrui ou un sol ou un espace sans restriction. La liberté de donner s’opposer ici à la liberté d’amasser et d’accumuler. L’accent doit donc être mis sur l’éducation nationale qui permet au génie ou à toute parcelle de génie, aussi petite soit elle, de se déployer; les efforts du pouvoir doivent se concentrer sur la pédagogie et la formation des hommes, comme l’avait entrevu l’idéalisme philosophique allemand.

Mais comme nous vivons depuis près de 200 ans sous l’enseigne du libéralisme, il n’est évidemment pas possible de créer du jour au lendemain et de toutes pièces une société à l’enseigne du « communautarisme » et des théories économiques hétérodoxes. Dans Capitalisme contre capitalisme (Seuil, 1991), Michel Albert, Président des Assurances Générales de France (AGF), dégage deux modèles de capitalisme: l’un, pur, de mouture anglo-saxonne, parie sur le profit à court terme, néglige outrancièrement les secteurs non marchands de la société, néglige l’éducation et la formation du personnel, juge que l’épargne des ménages n’est pas une vertu, préfère les spéculations en bourse rapportant vite de gros bénéfices sans efforts à la patience du capitaine d’industrie ou de l’ingénieur qui construisent et consolident jour après jour une structure industrielle; l’autre forme de capitalisme, rhénane et nippone, planifie à plus long terme, ménage davantage les secteurs non marchands, forme son personnel, s’appuie sur l’épargne de ses ménages, parie sur la logique industrielle plutôt que sur le casino qu’est la bourse.

Le scénario est planté. C’est celui des futurs affrontements planétaires. Et, souligne Michel Albert, si le capitalisme américain est moins performant, il est plus séduisant que son rival rhénan sur les plateaux des médias. Conséquence: le modèle rhénan recule en dépit de ses succès! Sur le plan théorique, on peut dire que ce recul est le résultat d’une lacune d’ordre métapolitique. Le modèle rhénan/nippon n’a jamais tenté de se vendre sur le marché du prêt-à-penser. Résultat: étudiants et économistes (et les ex-disciples de Perroux à la direction du Club de l’Horloge…) s’engouent irrationnellement pour les discours libéraux et libertariens, plus médiatisables et plus « appâtants », y compris dans les sociétés de modèle rhénan à l’économie solide. Dès lors, l’objectif suggéré implicitement par Michel Albert est de mettre tout en oeuvre pour enrayer ce recul du modèle capitaliste rhénan. Défi qu’il faut évidemment relever, parce que ce n’est pas tant les aspects capitalistes, ou strictement économiques, qu’il faut sauver dans ce modèle, mais précisément ce qui reste de non-libéral, de pré-individualiste: les ressorts collectifs, les réflexes de solidarité populaire.

Dans cette optique, le retour à la pensée de François Perroux est indispensable, avec son anthropologie communautaire, sa théorisation de l’inépuisable dynamique des structures, sa critique de la notion d’équilibre, sa logique qui est radicalement non-marchande. Elle est indispensable parce qu’elle consolide ou immunise ce qui n’est toujours pas libéral dans nos sociétés ou ce qui n’a pas encore entièrement succombé à la logique marchande. De cette façon, elle peut acquérir assez rapidement une puissance mobilisatrice, dans le sens où elle permet de défendre tous les secteurs non-marchands contre l’envahissement de l’américanisme économique, de la logique perverse des boursicoteurs. Les reliquats des secteurs non marchands peuvent dès lors servir de tremplins pour la reconquête graduelle de toute la société, d’où il s’agira d’évincer cette logique marchande qui corrompt et qui, à long terme, détruit les sociétés, même si elle procure de gros dividendes sur le court terme à des individus spéculateurs et pas nécessairement travailleurs…

Apparemment, le Club de l’Horloge, malgré les échecs de Thatcher et de Reagan, ne veut pas s’engager dans cette voie communautariste et solidariste, sous prétexte qu’elle est holiste (du grec holos, le tout) et que toute attention portée au « tout » débouche inévitablement sur le socialisme… Par ailleurs, Henry de Lesquen affirme que les sociétés holistes ne sont pas « européennes », mais africaines ou asiatiques. Que penser des clans celtiques, des Sippen germaniques, des tribus romaines, du mir slave, etc. ? Qu’ils ne sont pas européens? Soyons sérieux: l’Europe, comme l’Afrique et l’Asie, était holiste avant que n’apparaisse, voici deux cent ans, le libéralisme de Mandeville et d’Adam Smith. En refusant de réfléchir, avec François Perroux et Michel Albert, sur les ressorts de la solidarité populaire et de la communauté sous toutes ses formes (qu’elle soit locale, villageoise, paroissiale, syndicale, corporatiste, professionnelle, qu’elle soit un comité de quartier ou un groupe de pression, etc.), sur les mécanismes de protection syndicale et de formation du personnel qu’on observe en Allemagne fédérale ou en Suisse, le Club de l’Horloge entre dans une impasse et y conduira tous les partis qui iront chercher de l’inspiration chez lui. Dernière question: comment défendre l’identité d’un peuple (dans le sens où l’entendent aujourd’hui les droites et certaines gauches qui acceptent le principe de l’enracinement) si l’on ne raisonne pas au départ d’une méthodologie holiste? Le discours sur l’identité se réduit-il à un refus de l’immigration? N’implique-t-il pas une revalorisation des institutions d’enseignement et leur diversification? N’implique-t-il pas de donner l’indépendance économique à un maximum de citoyens, donc d’imposer des barrières à ceux qui veulent ingurgiter une trop grosse part du gâteau national? N’implique-t-il pas, justement, cette revalorisation tous azimuts des secteurs non-marchands?

Notes:(1) cf. Henry de Lesquen, « Droit de réponse »; Alain de Benoist, « Réponse à Henry de Lesquen », in Eléments, n°71, automne 1991, pp. 28-29.
(2) cf. J.M. Albertini & A. Silem, Comprendre les théories économiques, t. 1, Clés de lecture, t. 2, Petit guide des grands courants, Seuil, Paris, 1983. Ouvrage collectif, Histoire des pensées économiques, t. 1, Les fondateurs, t. 2, Les contemporains, Sirey, Paris, 1988. Robert Steuckers, « Orientations générales pour une histoire alternative de la pensée économique », in Vouloir, n°83/84/85/86, novembre-décembre 1991, pp. 16 à 22.
(3) François Perroux, Communauté, PUF, 1942. François Perroux, Economie et société. Contrainte, échange, don, PUF, 1960. Sur F. Perroux, lire Les Dossiers H, François Perroux, L’Age d’Homme, Lausanne, 1990 (dossier reprenant tous les aspects de son oeuvre).

Une Réponse à “Individu ou communauté? A propos de la querelle qui oppose le GRECE au Club de l’Horloge, Robert Steuckers”

  1. Claude Bourrinet dit :

    Efficace éclaircissement, et vital, car il augure des luttes à venir.
    La ligne de démarcation est entre individualisme et holisme, valeur no-marchande et mercantisation de la vie et du monde (à ce propos, voir les concepts de don et de guerrédon chez Chrétien de Troyes, pour bien se souvenir que l’Europe a été holiste avant d’être contaminée par le cancer individualiste).
    Il semblerait que, dans une perspective stratégique de défense de ce qui est encore défendable, c’est-à-dire un capitalisme nippo-rhénan, le combat soit d’ores et déjà perdu. En revanche, une démarche alternative radicale commence à s’enraciner, même dans les médias et les marchands, qui flairent de bonnes affaires, et peut-être une échappatoire à la crise mondiale. Il me paraît alors que les dichotomies traditionnelles entre gauche et droite soient devenues obsolètes. Ne faudrait-il pas aussi concevoir un front commun avec les forces traditionnelles et holistes africaines, latino-américaines, asiatiques ? Notre finalité se trouve dans notre Terre et notre Ciel, mais nous avons objectivement, sinon subjectivement, des intérêts communs avec les luttes de libération planétaires.

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