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30 septembre 2007

Blog : Theatrum Belli

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30 septembre 2007

Révolution Conservatrice, forme catholique et «ordo æternus» romain, Robert Steuckers, partie I

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La Révolution Conservatrice n’est pas seulement une continuation de la «Deutsche Ideologie» de romantique mémoire ou une réactualisation des prises de positions anti-chrétiennes et hellénisantes de Hegel (années 1790-99) ou une extension du prussianisme laïc et militaire, mais a également son volet catho­lique romain. Dans les cercles catholiques, chez un Carl Schmitt par exemple, ainsi que chez ses disciples flamands chapeautés par la personnalité de Victor Leemans, une variante de la RC s’inscruste dans la pensée catholique, comme le souligne justement un catholique de gauche original et vraiment non-conformiste, le Prof. Richard Faber de Berlin. Pour Faber, les variantes catholiques de la RC renouent non pas avec un Hegel hellénisant ou une prusséité soldatique et militaire, mais avec l’idéal de Novalis, exprimé dans Europa oder die Christenheit: cet idéal est celui de l’organon médiéval, où, pensent les catholiques, un véritable écoumène européen s’est constitué, formait une communauté organique, soudée par la religion.

Depuis le recul et la disparition progressive de cet organon, nous vivons une apocalypse, qui va en s’accélérant, depuis la Réforme, la Révolution française et la catastrophe européenne de 1914. Depuis la révolution bolchevique de 1917, l’Europe, disent ces catholiques conservateurs allemands, autrichiens et flamands, nous vivons une Dauerkatastrophe. La victoire française est une victoire de la franc-maçonnerie, répètent-ils. 1917 signifie la destruction de l’ultime réserve conservatrice slave, sur laquelle avaient parié tous les conservateurs catholiques, depuis Donoso Cortés (qui était parfois fort pessimiste, surtout quand il lisait Bakounine). Les Prussiens avaient toujours misé sur l’alliance russe. Les catholiques allemands et autrichiens aussi, mais avec l’espoir de convertir les Russes à la foi romaine. Enfin, l’effondrement définitif des “états” sociaux, calqués sur l’époque médiévale et sur l’âge baroque (installés ou ré-installés par la Contre-Réforme), plonge les Catholiques conservateurs dans le désespoir. Helena von Nostitz, amie de Hugo von Hoffmannstahl, écrit: «Wir sind am Ende, Österreich ist tot. Der Glanz, die Macht ist dahin» [«Nous sommes à la fin, l’Autriche est morte. L’éclat et la puissance ont disparu»].

Dans un tel contexte, le fascisme italien, pourtant issu de l’extrême-gauche interventionniste italienne, des milieux socialistes hostiles à l’Autriche conservatrice et catholique, apparaît comme une réaction musclée de la romanité catholique contre le défi que lance le communisme à l’Est. Le fascisme de Mussolini, a fortiori après les accords du Latran, récapitule, aux yeux de ces Catholiques autrichiens, les valeurs latines, virgiliennes, catholiques et romaines, mais en les adaptant aux impératifs de la modernité.

C’est ici que les références catholiques au discours de Donoso Cortés apparaissent dans toute leur ambiguïté: pour le polémiste espagnol, la Russie risquait de se convertir au socialisme, pour balayer par la violence le libéralisme décadent, comme elle l’aurait fait, eût-elle gardé son option conservatrice. Cette évocation de la socialisation de la Russie par Donoso Cortés permet à certains conservateurs prussiens, comme Moeller van den Bruck, de parier sur l’Armée Rouge, pour écraser à l’Ouest les armées au service du libéralisme maçonnique ou de la finance anglo-saxonne, d’autant plus que depuis le Traité de Rapallo (1922), la Reichswehr et la nouvelle Armée Rouge coopèrent. Les réserves de la Russie demeuraient intactes, même si elles avaient changé d’étiquette idéologique.

Hugo von Hoffmannstahl, dans Das Schriftum als geistiger Raum der Nation [Les lettres comme espace spirituel de la Nation], utilise pour la première fois en Allemagne le terme de “Révolution Conservatrice” prenant ainsi le relais des Russes qui l’avaient précédé, Dostoïevski et Youri Samarine. Pour lui, la RC est un contre-mouvement s’opposant à tous les bouleversements spirituels depuis le 16ième siècle. Pour Othmar Spann, la RC est une “Contre-Renaissance”. Quant à Eugen Rosenstock (qui est protestant), il écrit: «Um vorwärts zu leben, müssen wir hinter die Glaubensspaltung zurückgreifen» [Pour continuer à vivre, aller de l’avant, nous devons recourir à ce qui avait avant la césure religieuse]. Pour Leopold Ziegler (également protestant) et Edgard Julius Jung (protestant), il faut une restitutio in integrum, un retour à l’intégralité écouménique européenne; Julius Evola aurait dit: à la Tradition. Ils voulaient dire par là que les Etats ne devaient plus s’opposer les uns aux autres mais être reconduits dans un “ensemble potentialisant”.

27 septembre 2007

Waldgänger

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Pour commencer, nous avons soit l’Anarque, soit celui qui entre dans la forêt, deux figures de Jünger qui possèdent plusieurs traits communs avec l’apolitieia évolienne. Cette apolitieia ne signifie pas se retirer de la politique, mais y participer sans en être contaminé et sans devenir sot. Il faut donc rester intimement libre comme celui qui se retire dans une « cellule monacale » ou dans la « forêt » intérieure et symbolique. Il faut rester intimement libre, ne rien concéder au nouveau Léviathan étatique, tout en assumant une position active, en résistant intellectuellement, culturellement. « La forêt est partout » disait Jünger, « même dans les faubourgs d’une métropole ». Il est ainsi sur la même longueur d’onde qu’Evola, qui écrivait, dans Chevaucher le Tigre que l’on pouvait se retirer du monde même dans les endroits les plus bruyants et les plus aliénants de la vie moderne.

Face à une époque d’automatismes, dans un monde de machines désincarnées, Evola comme Jünger proposaient au début des années 50 de créer une élite: « des groupes d’élus qui préfèrent le danger à l’esclavage », précisait l’écrivain allemand. Ces groupes élitaires, d’une part, auront pour tâche de critiquer systématiquement notre époque et, d’autre part, de jeter les bases d’une nouvelle « restauration conservatrice » qui procurera force et inspiration aux « pères » et aux « mères » (au sens goethéen du terme). En outre, le Waldgänger, le Rebelle, « ne se laissera pas imposer la loi d’aucune forme de pouvoir supérieur », « il ne trouvera le droit qu’en lui-même », tout comme la « souveraineté » a abjuré la peur en elle, prenant même des contacts « avec des pouvoirs supérieurs aux forces temporelles ». Tout cela amène le Rebelle de Jünger très près de l’ »individu absolu » d’Evola. Etre un « individu absolu », cela signifie « être une personne humaine qui se maintient solide ». Le concept et le terme valent pour les deux penseurs. Contre qui et contre quoi devront s’opposer les destinataires de ce Traité et de ces Orientations? L’ennemi est commun: c’est la tenaille qui enserre l’Europe, à l’Est et à l’Ouest (pour utiliser une image typique d’Evola): « Les ennemis sont aujourd’hui tellement semblables qu’il n’est pas difficile de déceler en eux les divers travestissements d’un même pouvoir », écrivait Jünger. Pour résister à de tels pouvoirs, Jünger envisage l’avènement d’un « nouveau monachisme », qui rappelle le « nouvel ordre » préconisé par Evola, qui n’a pas de limites nationales; le rebelle doit défendre « la patrie qu’il porte dans son coeur », patrie à laquelle il veut « restituer l’intégrité quand son extension, ses frontières viennent à être violées ». Ce concept va de paire avec celui de la « patrie qui ne peut jamais être violée » d’Evola, avec son invitation impérative de bien séparer le superflu de l’essentiel, d’abandonner le superflu pour sauver l’essentiel dans les moments dangereux et incertains que vivaient Allemands et Italiens en 1950-51. Mais cette option reste pleinement valide aujourd’hui…

27 septembre 2007

Le chant de fidélité

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I
De l’homme à l’âme vile
Portant le sceptre et la croix
Ont imposé dans nos villes
Le reniement de la Loi.
Mais que pour toujours sur terre
Reste un point de ralliement
D’âge en âge sont fidèles
Les hommes de notre sang.

 

II
Fidèles aux voix de l’âme
Des bois, du roc et du sang
Fidèles à a vraie flamme
Fidèles à leurs enfants.
Lorsqu’a chanté la chouette
A l’ombre de nos halliers
Ils sont entrés pour la fête
Du Glaive et du Chevalier.

III
Les esclaves de la messe
Ont bafoué la Raison,
Cloué l’oiseau sauvage
Aux portes de leurs maisons
Ils ont brûlés nos sourcières
Ils ont souillés nos enfants
Mais le chœur des âmes fières
A triomphé dans le vent.

IV
Nous veillerons sous l’étoile
Qui veille sur nos destins
Nous ferons gonfler la voile
Vers les rivages lointains.
Nous payerons d’âge en âge
Le tribut de notre sang
Afin que l’or de l’aurore
Réponde à l’or du couchant.

V
Quand tous les autres trahiront
Camarades nous serons fidèles
Défendant notre race.
Luttant pour l’Europe Nouvelle
Compagnons de notre jeunesse,
Fondateurs d’un temps meilleur
Restez toujours avec nous,
Pour bafouer la mort et la peur.

27 septembre 2007

Géopolitique et spiritualité du principe “Reich”, Robert Steuckers Partie II

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Les dimensions historiques de la notion d’Empire

A Verdun en 843, les petits-fils de Charlemagne se par-ta-gent en fait des bassins fluviaux, dans la mesure où les fleuves étaient à l’époque les seuls moyens de communication sûrs et relativement rapides. Charles le Chauve reçoit les bassins de la Somme, de la Seine, de la Loire et de la Garonne, avec un avantage considérable, propre au bassin parisien. A partir de Paris, effectivement, on peut unir le territoire grâce aux affluents comme la Marne et l’Oise (qui a servi d’axe de pénétration à la colonisation franque) et à la proximité de la Loire, reliée à la Seine par une voie terrestre relativement courte, allant de Paris à Orléans. Cette position idéale a permis une centralisation rapide de la France. Lothaire reçoit les bassins du Rhin et de la Meuse, du Rhône et du Pô, en même temps que le titre de « Caesar », en souvenir de Jules César qui, le long de ces axes, avait réussi à contrôler l’Ouest et à jeter les bases de la fu-ture colonisation de l’espace danubien (du moins son flanc sud). Louis le Germanique, reçoit le Nord, c’est-à-dire la plaine des fleuves parallèles, non reliés entre eux, de l’Es-caut à la Vistule. Mais aussi la mission de conquérir le Danube pour y rétablir un ordre romain, confié par la trans-latio imperii aux Germains, qui, ipso facto, l’y rétabliront au Nord et au Sud. Cette mission danubienne implique aussi, à partir du 10ième siècle, l’alliance avec la Hongrie (l’anti-que Pannonie romaine). Le tandem germano-hongrois, l’alliance de la couronne impériale romaine-germanique et de la couronne de Saint-Etienne magyare, fera face aux Ottomans, qui voudront conquérir le Danube en partant des Bal-kans et de son embouchure, pour rétablir l’unité géographique danubienne mais non pas sous un signe impérial et ro-main, mais sous un signe islamique. L’empire ottoman a voulu poursuivre la politique danubienne de Byzance, mais sans avoir de légitimité géographique européenne, la légitimité géographique turque étant centre-asiatique et la légitimité géographique islamique étant arabique.

La proposition de Pie II

Cette ambiguïté ottomane, où le Sultan est simultanément le Calife musulman et l’héritier, volens nolens, du Basileus byzantin, n’a pas échappé au Pape Pie II, alias l’humaniste Æneas Silvius Piccolomini, ancien Chancelier de l’Empereur germa-nique Frédéric III. Pie II propose la conversion au christianisme du Sultan, comme les Hongrois l’avaient acceptée après leur défaite de 955, face à l’armée germanique d’Othon I. Le Sultan serait devenu alors tout à la fois héritier de Rome et de Byzance, restaurant l’unité antique désirée par tous les humanistes, projetant la puissance européenne rétablie vers l’espace iranien via la Mer Noire; condition sine qua non: l’élite ottomane devait oublier ipso facto, à l’instar des Hongrois du 10ième siècle, sa détermination géographique pré-européenne et centre-asiatique (ethnique turque), de même que sa détermination nomade-arabique, transmise via l’Islam. Cette « steppitude » turco-mongole ou cette « désertitude » issue de la péninsule arabique étant deux matrices totalement étrangères à l’Europe: la conversion au christianisme n’est pas tant l’adoption de la foi évangélique, dans le contexte qui nous occupe, que l’abandon volontaire de dynamiques géopolitiques autres que celles de l’antique empire romain. Le Sultan n’a pas accepté la proposition de Pie II, a voulu sottement per-sé-vérer dans sa logique turco-arabique, qui n’a finalement mené nulle part après 500 ans d’efforts. De ce fait cette logique turco-arabique, mixte boiteux et inefficace, irruption d’intempérance et de violence inutile, ne peut être considérée comme « sacrée », au même titre que l’impérialité romaine-germanique (« Sacrum Imperium ») car elle débouche sur l’impasse ou la guerre permanente (ou, pour reprendre un modèle conceptuel iranien et zoroastrien, la sacralité impériale romaine-germanique ou l’impérialité perse, relève d’Ahura Mazda, principe de lumière, tandis que l’ottomanisme relève d’Ahriman, principe de destruction et d’obscurité, a fortiori s’il est allié au mammonisme de la Banque d’Angleterre ou de l’économicisme américain).

La lutte entre l’Occident et l’Orient de notre continent constitue effectivement la dynamique majeure de notre histoire. Cette lutte se joue sur le Danube. Les Romains distinguaient deux « Danube(s) »: l’un partant de sa source en Forêt Noire souabe jusqu’à ses « cataractes » dans les Balkans et portant son nom celtique « Danuvius », l’autre partant de ces cataractes jusqu’à son embouchure et portant son nom grec « Ister ». Cette limite sera également celle des deux empires romains d’Orient et d’Occident. La césure repose sur un fait hydrographique: la coupure de la navigation sur le Danube à hauteur des « Portes de Fer », nommées « cataractes » dans l’antiquité. Les conflits ultérieurs entre les deux empires auront pour objet tout à la fois la Méditerranée et le Danube.

Missions de Bregenz et de Passau

Au moment de la christianisation de l’Europe centrale, les missions celtiques (irlando-écossaises) parties de Bregenz, et partisanes d’une réconciliation avec les modèles du monachisme byzantin, entreront en concurrence, et perdront la lutte, devant les missions, également danubiennes de Passau; celles-ci sont partisanes de la suprématie papale romaine, hostile à Byzance donc, en fin de compte, hostile au principe impérial de la vieille Rome, dont la Papauté se réclame parfois, ce qui constitue une dangereuse imposture. Les missions de Passau obtiendront gain de cause en Hongrie, en dépit de l’existence et de la persistance d’une zone mixte, de rites inspirés de la liturgie byzantine mais d’obédience papiste-romaine (Moravie, Croatie). Elles étendront leur influence jusqu’aux Portes de Fer. A l’Est, la domination byzantine demeurera. A l’Ouest la domination franque et romaine s’établit solidement. Byzance a le des-sous car on ne peut vaincre dans cette compétition que si l’on domine la Pannonie de la frontière morave à l’Adriatique. Cette zone charnière reste « romaine », donc « Rome » reste maîtresse du jeu. Les Ottomans seront plus tard très conscients de cet enjeu: pour eux, la domination de l’Europe passe également par le maîtrise de la Pannonie et de la Croatie, mais la détermination germanique de l’impérialité européenne a quelque peu déplacé vers l’Ouest le point névralgique assurant cette domination. C’était Vienne désormais qui constituait la clef du Danube, que les Ottomans ap-pelaient la « Pomme d’Or ». Les deux assauts ottomans contre la capitale impériale de l’Europe se sont soldés par de cuisants échecs. Raison pour laquelle l’Europe n’est pas turco-musulmane aujourd’hui, en dépit de la trahison française. Le deuxième échec devant Vienne, malgré le rôle immonde qu’a joué le « Räuberkönig » Louis XIV (le « Roi des Bandits ») en attaquant les troupes impériales européennes dans le dos pour soulager les Turcs, a scellé le déclin définitif de la puissance ottomane, qui a cessé de nuire à l’ensemble européen.

Rhône, Rhin et Danube

La dynamique de l’histoire romaine, pour reprendre les thèses de Stegemann, ou la logique de l’expansion territoriale romaine, repose in fine sur la bonne maîtrise de ces trois bassins fluviaux d’Europe. L’objet des guerres puniques a été de contrôler le bassin occidental de la Méditerranée, contrôle solidement assuré par la conquête de la Sicile. Celle-ci occupe une position charnière entre les bassins oriental et occidental de la Méditerranée. Potentiellement, la puissance qui s’en empare est susceptible, moyennant peu d’efforts, de contrôler les deux bassins de la Méditerranée. Les forces puniques, carthaginoises, disposaient d’atouts territoriaux importants, avec les Baléares, l’Espagne, les tributaires gaulois dans le bassin du Rhône (qui fournissaient d’excellents mercenaires) et le contrôle des passages alpins permettant d’accéder en Italie. Hannibal utilise tous ces atouts, mais échoue en Italie. Après les trois guerres puniques, les Romains prennent conscience que l’Italie se défend sur le Rhône, avant les cols alpins. Rome va donc déployer successivement quatre projets stratégiques pour éviter le retour de tout Hannibal:

- la colonisation de l’Espagne, qui serra un processus de très longue durée et qui commencera par la maîtrise des côtes méditerranéennes, la façade atlantique n’étant, à cette époque-là, d’aucune utilité.

- la colonisation de la Provence, visannt surtout à occuper l’embouchure du Rhône et, progressivement, à remonter sa vallée le plus loin possible.

- éviter un nouveau danger, dans la messure où la Provence reste ouverte à des peuples non contrôlés au Nord, Gaulois ou Germains (avec l’arrivée des Cimbres et des Teutons d’a-bord, des Suèves d’Arioviste ensuite).

- ce danger, représenté par le non colmmatage de la frontière septentrionale de la Provence, aux confins du pays des Eduens, c’est-à-dire de l’Auvergne actuelle, va obliger Rome à satelliser les tribus gauloises de la vallée du Rhône qui deviennent des alliées.

- d’intervenir pour protéger ces alliéss, notamment au moment où Arioviste bouscule les Helvètes qui se réfugient chez les Séquanes de Franche-Comté, alliés de Rome.

La « Trouée de Bâle » ou les « Portes de Bourgogne »

César va donc être obligé de colmater la brèche par laquelle les Germains, à la suite des Suèves d’Arioviste, peuvent s’engouffrer dans le territoire mal organisé des Gaules et donc menacer plus sérieusement la Provence que ne le firent jadis, du temps de Marius, les Cimbres et les Teutons. Dans cette campagne contre Arioviste – lui-même fort cons-cient de l’enjeu hydrographique et géographique de la région gauloise qu’il occupe dans les Vosges et sur le cours du Doubs, à peu près jusqu’à Besançon - César prend conscience de toute la dynamique géopolitique et hydrographique de l’hinterland européen du bassin occidental de la Méditerranée. En toute logique, la présence des troupes d’Arioviste dans la vallée du Doubs démontre à César que la Provence ne peut être tenue que si toute la vallée du Rhône est sécurisée au bénéfice de l’empire ouest-méditerranéen de Rome; mais cette même vallée du Rhône n’est sûre que si la trouée de Bâle et de Belfort (la Porte de Bourgogne) est verrouillée contre les Germains. Mais pour bien verrouiller cette Porte de Bourgogne, il faut contrôler le Rhin en aval jusqu’à la Mer du Nord. Par conséquent, César constate très vite que le Rhin et le Rhône sont liés l’un à l’autre stratégiquement parlant. De même, le bassin du Rhô-ne donne accès, via son principal affluent, la Saône, au Plateau de Langres sur lequel passe la ligne de partage des eaux et où la Seine atlantique prend sa source, de même que la Meuse. Le contrôle du Rhône implique celui de la Saô-ne, qui, à son tour, implique celui de la Seine et de ses affluents. Qui plus est, la Seine donne accès à la Manche, d’où vient l’étain des Cornouailles; le contrôle de la Seine im-plique aussi de contrôler le Sud de la Grande-Bretagne. Ce que tentera de faire César et que parachèveront ses successeurs.

Après César, la proximité des sources du Danube et de la Porte de Bourgogne montre que la maîtrise du Rhône au départ de la Provence conduit à la nécessité de maîtriser le Rhin et à l’opportunité de contrôler le Danube. Ce processus sera amorcé dès Auguste, puis achevé par Trajan qui conquiert la Dacie (l’actuelle Roumanie).

La stratégie de César est toujours d’actualité

Tout cela n’est pas de l’histoire ancienne. La stratégie de César a été rééditée lors de la seconde guerre mondiale, à croire que les stratèges anglais et américains ont non seulement suivi les conseils de leur meilleur géopolitologue, Mackinder, mais aussi bien assimilé l’étude magistrale de Stegemann. Le débarquement de Provence, le 15 août 1944, permet aux troupes alliées de s’emparer rapidement de la vallée du Rhône pour se heurter à une résistance allemande acharnée à hauteur des Portes de Bourgogne, exactement dans les mêmes lieux où Arioviste avait livré bataille à César. La victoire des troupes franco-marocaines et américaines dans les Vosges alsaciennes conduit les alliés à s’emparer de la Porte de Bourgogne et du Haut Rhin puis de passer celui-ci en direction des sources du Danube dans la Forêt Noire, en plein Pays Souabe (« souabe » dérivant de « suève », la tribu d’Arioviste). La campagne commencée par le débarquement de Provence jusqu’à la prise de Belfort à la fin de l’année 1944, est une réédition moderne de la campagne de César contre Arioviste.

Unifier les bassins du Rhône, du Rhin et du Danube

Cette double référence historique au conflit qui a opposé César à Arioviste, d’abord, et à la campagne qui a suivi le débarquement en Provence en août 1944, ensuite, nous fait prendre conscience de la nécessité géopolitique d’unifier autant que possible les trois bassins du Rhin, du Danube et du Rhône, soit la Mer du Nord (et la Baltique par les nouveaux canaux du Nord de l’Europe), la Méditerranée occidentale et la Mer Noire, afin que la future Union Européenne puisse demeurer maîtresse des grandes voies de communication à l’intérieur même des terres, sans intervention possible d’une puissance maritime extérieure à notre sous-continent. Cette nécessité doit nous conduire à condamner sans appel l’obstruction commise par les Verts français, dont Madame Voynet, au creusement d’un canal à grand gabarit entre Rhin et Rhône. Une telle manoeuvre politicienne, criminelle et abjecte, ne peut profiter qu’aux pires ennemis de l’Europe. Et, en dernière instance, a sûrement été « soufflée » par ceux-ci.

Dans cette même perspective romaine et impériale, la longue guerre entre l’Autriche-Hongrie et les Ottomans a été une lutte pour le Danube, donc, en poursuivant notre rai-son-nement, pour ré-inclure la Mer Noire dans l’oecoumène européen, en faire une mer intérieure sans immixtion étrangère, c’est-à-dire sans l’intrusion d’une dynamique géo-graphique dont le point de départ ne serait pas européen, ne serait pas situé sur la ligne qui part du Danemark (l’ Insula Scandza, matrice des nations pour les Romains) pour aboutir en Sicile en incluant l’espace sis entre Vienne et Budapest. L’Europe doit annuler les effets de toute dynamique géographique extérieure, prenant pour point de départ un espace mal défini situé au-delà de la Mer d’Aral ou du Lac Balkach (la perspective turque ou pantouranienne) ou le centre de la péninsule arabique (la perspective arabomusulmane), dans la Mer Noire, mer intérieure, et dans la Mé-diterranée orientale. Aucune de ces dynamiques ne peut dé-border à proximité du sous-continent européen, ne peut avoir de Wachstumspitze (de « pointe de croissance » pour re-prendre le vocabulaire de Karl Haushofer) dans l’orbite de l’oecoumène européen, c’est-à-dire dans tous les territoires qui ont jadis fait partie de l’empire romain.

Permanence des faits telluriques et « longue histoire »

La Hanse médiévale s’est étendue sur le territoire de la grande plaine nord-européenne, où coulent des fleuves parallèles, à l’époque non reliés entre eux. Pour en tirer profit, la Hanse a eu le génie d’organiser les mers intérieures du Nord (Mer du Nord, Mer Baltique) en prenant les marchandises de l’intérieur du continent dans les ports des em-bouchures pour les répartir sur les pourtours. Cette optique reste d’actualité.

Conclusion: ce panorama de faits historico-géographiques doit nous conduire à saisir la permanence des faits tel-lu-riques, fondements de la « longue histoire » (Braudel). Tout empire viable doit être porté par des hommes capables de garder toujours en tête les éléments permanents de cette « longue histoire », car aucun empire ne peut survivre sans une telle « mémoire de l’espace ». Aujourd’hui, nous aurons à nouveau un « empire » en Europe, un système impérial (reichisch), si nous optimisons nos systèmes de communications (surtout les satellites de télécommunications), si nous parvenons directement à percevoir les manoeuvres d’obstruction menées par des politiciens corrompus afin de les combattre immédiatement et sans pitié. Si nous avions eu une telle attitude, si nous avions eu la « mémoire de l’espace », nous n’aurions jamais avalisé la guerre américaine contre la Serbie et, ipso facto, l’euro n’aurait pas dévalué dans la foulée de cette guerre, qui fut une catastrophe pour l’Europe sans que les fausses élites qui la gouvernent aujourd’hui ne s’en soient aperçu.

Des principes politiques de tout « Reich »

D’abord, il faut préciser que le « Reich » n’est pas une nation, même s’il est porté, en théorie, par un « populus » (le « populus romanus ») ou une « nation » (la « Deutsche Nation »). Erich von Kuehnelt-Leddhin nous a très bien montré la différence entre le « Reich » et la « nation »; si sa position n’est pas nationaliste, et même anti-nationaliste, il n’a rien contre les sentiments d’appartenance nationale, contre la fierté d’appartenir à une nation. De tels sentiments sont positifs, écrit-il, mais doivent être transcendés par une idée. Cette transcendance conduit à une verticalité, qui s’oppose à tou-tes les formes modernes d’horizontalité, ce qui est, par ailleurs, l’idée majeure, le noyau idéel, de toutes les traditions, comme le souligne aussi Julius Evola. Mais cette notion traditionnelle et verticale oublie parfois la profondeur de l’humus: en tenant compte de cet humus, nous disons qu’il n’y a pas de verticalité ouranienne sans profondeur chtonienne. Pour résumer brièvement la position traditionnelle d’Erich von Kuehnelt-Leddhin, disons que les horizontalités modernes ne permettent pas le respect de l’Autre, de l’être-autre. Si l’Autre est jugé dérangeant, inopportun dans son altérité, il peut être purement et simplement éli-miné ou mis au pas, sans le moindre respect de son altérité, car l’horizontalité fait de tous des « riens ontologiques », privés de valeur intrinsèque. Tel est l’aboutissement de la lo-gique égalitaire, propre des idéologies et des systèmes qui ont voulu usurper et éradiquer la tradition « reichique »: si tout vaut tout dans l’intériorité de l’homme, ou même dans sa constitution physique, cela signifie, finalement, que plus rien n’a de valeur spécifique, et si une valeur spécifique cherche à pointer envers et contre tout, elle sera vite considérée comme une anomalie qui appelle l’extermination, l’intervention fanatique et sanglante de « colonnes infernales ». La verticalité, en revanche, implique le devoir de protection et de respect, un devoir de servir les supérieurs et un devoir des supérieurs de protéger les infé-rieurs, dans un rapport comparable à celui qui existe, dans les sociétés et les familles traditionnelles, entre parents et enfants. La verticalité respecte les différences ontologiques et culturelles; elle ne les considère pas comme des « riens », qui ne méritent ni considération ni respect.

Des serviteurs de l’Empire issus de toutes les nations

Dans un empire cohabitent diverses communautés et, partant, vu l’extension territoriale importante de tout empire, divers peuples, que l’on ne songe pas à fusionner dans un magma insipide et indifférencié. Les empires sont généralement pluriethniques. C’était le cas de la monarchie austro-hongroise, dernière détentrice de l’impérialité romaine-germanique, où des hommes de toutes origines ethniques ont servi, non seulement des Autrichiens et des Hongrois mais aussi des Slaves du Sud tel le général serbe Bosoïev, puis, pendant la seconde guerre mondiale, le général d’origine croate Rendulic, qui fut le dernier à rendre les armes; lors de la guerre de Trente Ans, le Brabançon Tilly de ‘t Serclaes commande l’armée bavaroise, puis toute l’armée impériale; sa statue se dresse encore et toujours dans la Feldherrenhalle de Munich; le Lombard Montecuccoli sert également l’Autriche impériale, sans oublier le plus illustre des Savoisiens: le Prince Eugène. En Russie, les généraux sont souvent des Allemands ou des Allemands des Pays Baltes, y compris Rennenkampf qui envahit la Prusse orientale en 1914. Le ministre Witte est d’origine flamande ou hollandaise. Xavier de Maistre, frère de Joseph, a également exercé un commandement dans l’armée du Tsar, pour lutter contre les folies révolutionnaires et bonapartistes. Les Liégeois fondent plus tard les usines d’armement russes, dont les pistolets Nagant sont un souvenir. En Belgique, où la logique impériale s’est maintenue jusqu’en 1918, où la seconde offensive jacobine a eu raison des traditions séculaires, l’armée de 1914 est commandée en Afrique par un Danois, le Colonel Olsen, et en métropole par Jungbluth, Rhénan, et par Bernheim, Viennois d’origine israélite.

Véritable multiculturalité et multiculturalité exterministe

L’empire est donc fait de multiplicités, de différences, qui n’ont rien de commun avec la fausse multiculturalité vantée par les médias d’aujourd’hui. Cette multiculturalité, escroquerie idéologique, relève justement de cette horizontalité qui vise à vider tous les hommes, autochtones et allochtones, de leur substance ontologique. Cette multiculturalité tue l’essentiel qui vit en l’homme. Toute politique qui cherche à la promouvoir est une politique criminelle, exterministe, au sens où l’entendait le philosophe américain Thompson. A cette multiculturalité, masque publicitaire pour faire accepter l’exterminisme moderne, il faut opposer la verticalité impériale ou l’idée sublime de Herder, qui voyait en l’Europe une « communauté de personnalités ethniques imbriquées dans l’histoire ». A la suite de ces réflexions de Herder sur la diversité européenne, la centralité géographique de l’Allemagne, encore morcelée, fait d’elle, pour les romantiques qui sont passés de l’idéal révolutionnaire et illuministe à l’idéal d’une restauration charnelle au-delà des géométrismes abstraits et désincarnés du jacobinisme, le « Sacrum Imperium » parfait, branché territorialement sur les peuples romans, slaves et scandinaves, et seule apte, de ce fait, à faire éclore et vivre une synthèse européenne.

A la suite de ces deux batteries d’arguments, les uns d’ordre organisationnel et territorial, les autres d’ordre philosophique et éthique, il me paraît opportun, avant de conclure, de poser deux questions importantes:

- Quelle catégorie d’hommes peuvent-ils incarner le « Reich »?

- Comment une telle catégorie d’hommes a-t-elle émergé au sein de l’humanité européenne?

La catégorie d’hommes capables d’incarner un « Reich » est née de la tradition persane, laquelle à été longtemps un « Orient » (un modèle sur lequel on s’ »orientait »), mais ce fait d’histoire et de tradition n’est plus pris en compte à sa juste valeur. Dans la tradition persane, il est question d’un « hiver éternel », allusion plus que probable au début d’une ère glaciaire particulièrement rude, qui a surpris les premiers peuples européens dans leur habitat premier. Au moment où survient cet « hiver éternel », un roi-héros, Rama, rassemble les tribus et les clans et se dirige, à leur tête, vers le Sud, vers le Caucase, la Bactriane et la Perse (les hauts plateaux iraniens). Ce roi-héros fonde les castes, ou, plus exactement, les fonctions que Georges Dumézil étudiera ultérieurement. Après avoir mené son peuple à bonne destination, pour échapper aux rigueurs de cet « hiver éternel », Rama se retire dans les montagnes. Cette figure héroïque et royale se retrouve dans les traditions avestique et védique où il s’appelle Yama ou Yima.

Pour mener cette expédition et cette migration, Rama-Yama-Yima s’est servi de chevaux et de chars et a jeté ainsi les premiers principes d’organisation d’une cavalerie, principes qui resteront l’apanage premier de ces clans et tribus qui se mêleront pour former le peuple iranien (perse ou parthe) de la haute antiquité. Plus tard, Zarathoustra (Zoroastre) codifie les règles que doit suivre chaque cavalier. La codification proprement dite est l’¦uvre de son disciple Gathas. La troupe de Zarathoustra, qui doit faire respecter son enseignement pratique, est armée de massues (la « Clave » dans l’¦uvre de Julius Evola). Au départ de la troupe des adeptes de Zarathoustra se forme la caste des guerriers, les Kshatriyas de la tradition indienne, une caste opérative ancrée dans le réel politique et géographique, qui domine la caste des prêtres, contemplative et moins encline à exercer sur elle-même une discipline rigoureuse.

Un idéal simple et rigoureux

Des rangs des Kshatriyas sont issus les rois, ce qui implique, dès le départ de la tradition indo-européenne d’Iran, la domination de l’homme actif sur l’homme contemplatif (préconisée par Evola). La figure iranienne de Sraosha, qui donnera le Saint Michel de la tradition médiévale, évolue entre le ciel et la terre, c’est-à-dire entre l’idéal de la Tradition et la réalité, va et vient qui postule une formation rigoureuse, à l’instar des disciples de Zarathoustra. Ceux-ci, au fur et à mesure que se consolide la tradition iranienne, sont formés à rendre claire leur pensée, à purifier leurs sentiments, à prendre conscience de leur devoir. Armés de ces trois principes cardinaux d’orientation, le disciple de Zarathoustra lutte contre Ahriman, incarnation du Mal, c’est-à-dire de la déliquescence des sentiments, qui rend inapte à ¦uvrer constructivement et durablement dans le réel. Seuls les chevaliers capables d’incarner cet idéal simple mais rigoureux se donneront un charisme, un rayonnement, une lumière, la kwarnah. Ils sont liés entre eux par un serment.

En 53 av. J. C., quand les troupes parthes de Surena affrontent les légions du triumvir Crassus, figure méprisable par sa cupidité et avare de son or, les Romains sont soit horrifiés de cette rigueur, s’ils sont décadents comme Crassus, soit fascinés, s’ils ont encore le sentiment de l’Etat. Pendant la longue lutte entre Romains et Parthes, des éléments de cette spiritualité militaire iranienne vont petit à petit se distiller dans le monde occidental, notamment quand des chevaleries indo-iraniennes, comme les cataphractaires sarmates ou les cavaliers alains, vont se mettre au service de Rome. Les Goths, venus de Scandinavie, découvrent à leur tour cette spiritualité de Kshatriya quand ils déboulent en Crimée, dans l’espace scythe. Ils reprennent traditions et techniques des peuples cavaliers de la zone pontique et les introduisent dans le monde germanique. Le dieu Odin, avec son coursier, véhicule quelques éléments iraniens et, Loki, dieu trickster, hérite de traits prêtés à l’Ahriman perse.

La tradition iranienne arrive en Europe par les Croisades

Chez les Francs, la hache de combat, la framée, entre Clovis (Chlodweg) et les Croisades, implique un art militaire transmis, mais l’Occident ne connaît pas encore de chevalerie sur le modèle iranien. Les Francs disposent d’une militia mais pas encore d’une chevalerie, selon les critères des périodes ultérieures. Au cours des croisades, quand les troupes franques et germaniques entrent en contact avec les chevaleries persanes (islamiques) et arméniennes (chrétiennes), héritières des traditions de l’Iran ancien, elles renouent progressivement avec l’héritage perdu de l’Orient indo-européen que représente la tradition avestique, subsistant encore malgré la « pseudomorphose » islamique. La fotowwat (« service », « chevalerie », « jeunesse ») d’Iran est une transposition de l’héritage ancien dans un cadre islamique. Jean Tourniac, disciple de Guénon, dans son ouvrage Lumière d’Orient, explicite le cheminement qui va de cette chevalerie d’Iran, dont les origines sont zoroastriennes et participent d’un culte de la Lumière, aux chevaleries occidentales et templières, qui se sont constitués dans la foulée des croisades.

La chevalerie médiévale est tout à la fois militaire, hospitalière et gère un système bancaire, afin que l’activité économique soit également compénétrée d’une éthique lumineuse, dérivant, en ultime instance, en remontant la concaténation des avataras, de la même matrice iranienne et zoroastrienne, issue des premiers peuples indo-européens ayant déboulé dans l’actuelle Perse. L’Iran traditionnel, en dépit de son islamisation de surface, a été détruit plus tard par les Mongols. Il ne s’en est plus jamais relevé et n’a plus pu redevenir un « Orient ». Dans l’¦uvre de Henry Corbin, le plus grand iranologue et islamologue français du 20ième siècle, nous trouvons plus d’un hommage au philosophe perse islamisé Sohrawardi, qui, dépositaire de la sagesse iranienne originelle, s’insurge, avant la destruction de son pays par les Mongols, contre la bigoterie, le rationalisme étriqué qui est son corollaire, et réclame le retour à une attitude noble, lumineuse, archangélique et michaëlienne, qui n’est rien d’autre que la tradition perse/avestique des origines les plus lointaines. Sohrawardi réclame une révolte contre la caste des prêtres étriqués, et, partant, contre toutes les pensées et démarches impliquant des limitations stérilisantes. Cette attitude a toujours paru suspecte aux castes de prêtres ou d’intellectuels, soucieux d’imposer des corpus figés aux populations qui leur étaient soumises, en Occident comme en Orient. Arthur de Gobineau, à qui l’on reproche un nordicisme que l’on décrète caricatural et ancêtre direct du nazisme, a été le premier, en Europe, à attirer l’attention des Européens de son temps, sur le passé lumineux de la Perse antique, modèle plus fécond, à ses yeux, que la Grèce, trop intellectuelle et trop spéculative. Le modèle chevaleresque, dont les traces premières remontent à Rama et à Zarathoustra, induit une pratique de la maîtrise de soi, supérieure, pour Gobineau, à la spéculation intellectuelle des Athéniens. Et, de fait, quand la Perse a été laminée par les Mongols, l’Islam tout entier a commencé à sombrer dans le déclin. Le fondamentalisme wahhabite est l’expression de cette décadence, dans la mesure où il est une réaction outrée, caricaturale, au déclin de l’Islam, désormais privés de la grande Lumière de la Perse. Les pauvres simagrées wahhabites ne pouvant bien entendu jamais servir d’“Orient ».

La « nouvelle chancellerie impériale » selon Carl Schmitt

Si le modèle de la chevalerie perse et arménienne a pu constituer un modèle pour l’Europe, un mode opératif traditionnel sans égal, de type « kshatriyaque », ou de dominante « kshatriyaque », il ne peut être pensé en dehors du projet de « nouvelle chancellerie impériale européenne », énoncé par Carl Schmitt. Celui-ci a évoqué la nécessité de former une instance de ce type, après les catastrophes qui ont frappé l’Europe dans la première moitié du 20ième siècle et pour préparer la renaissance qui suivra l’assujettissement de notre sous-continent. Cette chancellerie doit reposer sur trois faisceaux d’idées: 1) le droit selon l’école historique fondée par Savigny, où le droit est inclus dans une continuité historique bien maîtrisée, permettant la durée des ordres concrets de la société; 2) sur l’économie, découlant de l’école historique de Rodbertus, et plus particulièrement sur le corpus que nous a légué Schmoller; 3) Sur la redécouverte de la tradition fondatrice, à partir des recherches de Bachofen, qui ont eu des répercussions chez Julius Evola, défenseur des principes « kshatriyaques », et chez Georges Dumézil, qui a bien mis les fonctions des sociétés traditionnelles indo-européennes en exergue, dont bien entendu la fonction « kshatriyaque ». Dans l’¦uvre de Kantorowicz, qui a réhabilité de manière particulièrement lumineuse la figure de l’Empereur Frédéric II de Hohenstaufen, nous retrouvons également un filon qui nous mènera au véritable « Orient » perse/avestique, qui n’a rien à voir avec les « Orients », grands ou petits, des parodies criminelles et étriquées qui ont conduit l’Europe à sa perte. L’étude de l’itinéraire de Frédéric II nous amène forcément à la spiritualité active des chevaleries germaniques, guerrières et hospitalières, et des modèles arméniens et iraniens rencontrés pendant les croisades, notamment à travers la personnalité lumineuse de Saladin, prince kurde.

L’étude de ce vaste domaine des traditions est un travail colossal, surtout si on le couple à l’étude précise de notre propre cadre géographique (nécessité si l’on veut connaître la terre que notre « Reich » doit féconder). Un travail colossal que nous devrons mener sans jamais fléchir, jusqu’à notre dernier souffle, comme nous l’a montré Marc. Eemans, explorateur des Orients perses, des traditions germaniques et de la mystique de Flandre et de Rhénanie. Mais l’appel de la Lumière, archangélique et michaëlienne, est un impératif auquel nous ne pouvons pas nous soustraire, faute de commettre une impardonnable trahison, surtout à l’égard de nous-mêmes.

* Conférence tenue au séminaire de « Synergon-Deutschland » (avril 2000)

25 septembre 2007

Géopolitique et spiritualité du principe « Reich », Robert Steuckers Partie I

Publié par vertusetcombat dans Archives

La première idée fondamentale que je voudrais mettre aujourd’hui en exergue en évoquant le principe « Reich », c’est que celui-ci a certes une dimension spirituelle (sur laquelle je m’exprimerai), symbolique, culturelle, mais qu’il faut aussi savoir que tout Reich est un espace territorial de grandes dimensions. Les symboles et la spiritualité du Reich ont besoin d’un espace pour s’incarner, pour acquérir concrétude. C’est la raison pour laquelle une bonne connaissance de la dynamique géographique du territoire, où ce « Reich » doit s’établir, est un impératif auquel on ne peut se soustraire.

Voilà pourquoi il me paraît important de bien réfléchir à l’espace-réceptacle de l’idée de Reich (Regnum). D’abord, tout Reich est un espace politique dont les dimensions correspondent au “Großraum » théorisé par Carl Schmitt, dont les dimensions sont continentales. Ensuite, cet espace est organisé par des moyens de communication et de transport. Tout Reich vise à accélérer les relations entre les hommes vivant sur son territoire. Ce territoire est tout à la fois vaste mais néanmoins circonscrit dans des « limes » clairement défini, même s’ils sont en expansion constante. Quelques exemples: l’Empire romain, modèle indépassable dans l’histoire européenne, est un grand constructeur de routes; son armée, les légions, qui l’incarne, qui en est le principal instrument, est composée de combattants, de soldats expérimentés et bien entraînés, mais aussi de pionniers, de troupes de génie qui construisent routes, ponts et aqueducs. L’Empire britannique, empire maritime, plus dominateur et exploitateur sur le plan économique que l’Empire romain, au point qu’on peut lui contester sa nature de “Reich », a possédé également son instrument de mobilité, d’accélération: sa flotte. Dépourvue d’une spiritualité constitutive, cette thalassocratie marchande a néanmoins organisé les routes maritimes, notamment celle qui nous mène aux Indes en passant par Gibraltar, Malte, Chypre, Suez et Aden. La Chine, empire inébranlable depuis des millénaires, a émergé aussi grâce à la construction de routes et de canaux et à l’organisation d’une flotte côtière.

Contre les « grands espaces », la stratégie thalassocratique de saboter les travaux d’aménagement territorial

Ces exemples, contradictoires, nous permettent de constater, sur base de la distinction désormais classique entre Terre et Mer (Mackinder, Haushofer, Schmitt), que la Grande-Bretagne, et, à sa suite, les Etats-Unis, vont systématiquement s’opposer aux grands travaux d’aménagement des voies de communication sur les espaces continentaux. Cette opposition systématique a pour but de conserver le monopole de la mobilité la plus véloce dans le transport des hommes et des choses, en l’occurrence le monopole d’une mobilité exclusivement marine. Les exemples prouvant cette hostilité fondamentale abondent:

- En 1904, Halford John Mackinder élaboore sa théorie du containment des puissances continentales, en particulier de la Russie, parce que l’Empire des Tsars vient de réaliser, sous la dynamique impulsion du ministre Witte, la liaison ferroviaire transsibérienne, procurant à cet immense empire continental une mobilité qui autorise le déplacement rapide des troupes de la Baltique au Pacifique. Dès la réalisation de cette voie ferroviaire transcontinentale, le Tsar est diabolisé dans les médias: on monte le Japon contre lui, on finance la nouvelle marine de guerre nipponne afin de détruire la flotte russe au large de la Corée (Tsushima, 1905); une propagande sournoise le décrit comme un autocrate sanguinaire, des révoltes secouent les grandes villes de l’Empire orchestrées par de sombres agitateurs dont on ne comprend guère les motivations, tant elles sont vagues et échevelées, etc.

Bloquer l’artère danubienne

- De 1914 à 1918, la politique allemande et austro-hongroise vise à organiser les Balkans à partir de l’artère danubienne; ce projet est combattu tacitement par la Grande-Bretagne qui manipule, comme d’habitude, les escrocs politiciens français agités par des philosophades sousvoltairiennes et une germanophobie pathologique, afin que les peuples de France soient saignés à blanc, sacrifiés tout à la fois, en théorie, pour des chimères idéologiques véhiculées par des canailles de gauche et de droite et, en pratique, pour bloquer le Danube dans l’intérêt des puissances thalassocratiques. Dans la littérature géopolitique, c’est justement le Français André Chéradame qui exprime le plus clairement les buts de guerre anglais et jette les bases du traité de Versailles, que réclameront à hauts cris les politiciens français inféodés aux folies idéologiques de 1789 et qu’avaliseront avec une hypocrite discrétion les stratèges politiques britanniques et américains, en rejetant la responsabilité du chaos en Europe centrale sur la France (ce que confirmaient évidemment les apparences). Chéradame réclame ainsi le morcellement de l’espace danubien en autant de nations artificielles que possible. Sa démonstration historique et géopolitique implique la réduction du “Grand Haza » hongrois à un petit Etat enclavé sans façade maritime, l’expulsion de la Bulgarie du delta du Danube, l’agrandissement démesuré de la Serbie, en direction de la Dalmatie et de la Slovénie, afin de verrouiller l’Adriatique; l’agrandissement de la Roumanie pour que ce soit un allié de la France (dévoyée par la propagande sournoise des Britanniques) qui contrôle le delta du grand fleuve européen. L’idée de morceler et de bloquer le cours du Danube est revenue au grand galop depuis les événements de Yougoslavie au cours des années 90, avec pour point culminant la destruction des ponts de Novi Sad et de Belgrade, suivi d’une tentative de diaboliser l’Autriche, à la suite de l’entrée au gouvernement des libéraux-populistes de Jörg Haider.

- De 1904 à 1915, la question d’Orient naît à la suite des traités d’alliance entre le Reich des Hohenzollern (qui n’est pas le Reich traditionnel né après la victoire d’Othon Ier sur les Hongrois en 955) et l’Empire ottoman. L’Angleterre voit d’un très mauvais oeil la construction d’un chemin de fer Berlin-Bagdad et l’inauguration de voies aériennes sur le même tracé. Le Moyen-Orient ne peut en aucun cas devenir l’arrière-pays d’un continent européen regroupé autour de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie, a fortiori si ce mode de coopération débouche sur une façade dans l’Océan Indien, océan du milieu considéré comme une mer intérieure britannique.

- Même la France, réserve de chair à caanon pour la City londonienne chaque fois que des politiciens illuministes la dirigent, subit des pressions indirectes quand elle réalise le canal à grand gabarit entre l’Atlantique (Bordeaux sur la Gi-ronde) et la Méditerranée, ouvrage d’ingénierie civile qui relativise ipso facto la position de Gibraltar.

- Pour ce qui concerne le IIIème Reich national-socialiste (qui n’est pas un Reich au sens traditionnel du terme), force est de constater que la politique de construire des autoroutes, de vouloir réaliser la liaison Main-Danube (considérée comme un motif de guerre par la presse londonienne en 1942, qui publie une carte suggestive et révélatrice à ce propos), de réaliser un premier vol transatlantique sur FockeWulf Condor en 1938 après le dramatique accident du Zeppelin « Hindenburg » en 1937, de concocter des projets de train rapide à voie large sur les lignes Paris-Berlin-Moscou et Munich-Vienne-Istanbul (Breitspureisenbahn) et de concrétiser les projets de Frédéric II de Prusse et de l’économiste List en parachevant le système de canaux entre l’Elbe et le Rhin (lui-même lié à la Meuse et à l’Escaut par des travaux similaires exécutés aux Pays-Bas et en Belgique), sont des provocations claires et nettes à l’égard des thalassocraties, hostiles à toute organisation des communications sur les espaces continentaux. Tels sont les critères objectifs et vérifiables qui ont justifié l’hostilité de Roosevelt et de Churchill à l’endroit du IIIème Reich: les autres motifs sont moins clairs et donnent lieu à des spéculations infinies qui n’apportent aucune clarté dans les débats entre historiens.

Ces travaux ou ces projets ont permis hier et permettent à fortiori aujourd’hui – notamment sur base du Plan Delors, qu’il conviendrait de concrétiser réellement - d’étendre une telle notion de Reich, comme principe et moteur de « com-munication » à l’Europe toute entière et à créer les con-ditions d’une alliance durable avec la Russie et l’Ukraine, maîtresses de l’espace pontique (Mer Noire). L’organisation optimale des voies fluviales et maritimes intérieures (Mer Noire et Mer Baltique) est désormais possible en Europe depuis le creusement définitif du Canal Rhin-Main-Danube sous le Chancelier Helmut Kohl. Au-delà des potentialités de cette liaison en Europe occidentale, centrale et orientale, la maîtrise complète du Danube, lié définitivement au Rhin et donc à l’Atlantique, permet très logiquement d’étendre la dynamique ainsi générée à l’espace pontique et aux fleuves russes et ukrainiens, au Don, et via le Canal Lénine, à la Volga et à la Mer Caspienne et de relancer la logique géopolitique et hydropolitique que l’Empire romain avait amorcée et que sa chute face aux Huns et sa christianisation anarchique avaient interrompue.

Des Proto-Iraniens aux Goths

Rome et les Germains s’étaient affrontés (ou alliés) pour tenir la ligne Rhin-Danube de la Mer du Nord à la Mer Noire. Les uns organisant tous les territoires situés au Sud de cette ligne; les autres se massant au Nord. Les Wisigoths, descendus de la Suède actuelle, comme le feront plus tard les Varègues, occupent l’Ukraine et la Crimée. Autour de la Mer Noire se rassemblent dès lors trois impérialités indoeuropéennes: la romaine, effective, la slavo-germanique, en gestation, et la perse, la plus ancienne. Les Wisigoths, qui acquièrent en Ukraine les techniques de cavalerie, léguées par les Scythes, et, avant eux, par les Proto-Iraniens, sont trop tôt bousculés par les Huns qui ruinent la fusion potentielle des trois impérialités autour de la Mer Noire. Dans ce sens, la Russie, si elle parvenait à se dégager totalement de sa parenthèse bolchevique, serait tout à la fois l’héritière des Scythes (et des Proto-Iraniens), des Goths, des Varègues et des Perses (qui islamisés puis écrasés par les Mongols n’ont pas pu renouer avec leurs racines profondes, la parenthèse tentée par le dernier Shah ayant été trop brève dans le temps, avant d’être réduite à néant par une islamisation de nouvelle mouture), tout en demeurant, bien sûr, l’héritière de Byzance depuis 1453.

Ex cursus sur le Rhône: Le Rhône se jette dans le bassin occidental de la Méditerranée et relie ce dernier au centre névralgique de l’Europe centrale, via Genève, le cours de la Saône et du Doubs, qui le mène aux « Portes de Bourgogne » (Burgundische Pforte), c’est-à-dire à la trouée de Bâle ou de Belfort, à proximité du Rhin et non loin des sources du Da-nube. A ce titre, il est un enjeu géostratégique primordial depuis l’antiquité. Etat de choses qui n’a pas échappé à la perspicacité de Halford John Mackinder, fondateur de la géopolitique militaire britannique. Dans son ouvrage Democratic Ideals and Reality (dernière édition en 1947), il rappelle l’échec de l’empire maritime de Geiserich (Genséric), roi des Vandales, qui n’a pas su lier ses conquêtes à l’artère rhodanienne; retrace l’aventure des Sarrasins qui ont remonté le Rhône, la Saône et le Doubs jusqu’aux portes de Bourgogne; et montre enfin l’importance de l’alliance entre la Savoie, puissance rhodanienne, l’Autriche et l’Angleterre dans la guerre de succession d’Espagne.

Arioviste, César, le Rhône et le Rhin

Son homologue allemand, l’historien Hermann Stegemann, auteur d’une histoire militaire du Rhin (Der Kampf um den Rhein, 1924) montre que, stratégiquement, le système du Rhône est lié au système du Rhin et que la maîtrise du Rhô-ne a été l’objectif premier de la grande stratégie romaine de Marius à César. Maîtresse de la Méditerranée occidentale depuis ses victoires sur Carthage, Rome doit s’assurer un hinterland en Europe: elle choisira de remonter le Rhône et ses affluents, où, via le Doubs, elle tombera sur le cours du Haut-Rhin à l’Est de Thann et de Cernay/Sennheim. C’est le domaine d’Arioviste qui gère un royaume suève à cheval sur le Rhin, le Doubs et les sources du Danube. La défaite de ce chef germanique montre que la ligne Rhin-Rhône (via le Doubs et la Saône) est la ligne de pénétration idéale vers le Nord pour toute puissance maîtresse du bassin occidental de la Méditerranée. Dès sa victoire sur Arioviste, César se rend maître du bassin de la Seine et de la Loire mais laisse à des chefs futurs le soin de passer sur la rive droite du Rhin. Ses successeurs tenteront d’unir le cours du Danube, depuis ses sources jusqu’à son embouchure dans la Mer Noire: ce sera la grande stratégie continentale de l’empire ro-main, aussi importante que la maîtrise de la Mare Nostrum.

La grande leçon de l’empire romain, organisateur des communications en Europe, est toujours d’actualité: l’Europe, pour avoir une structure impériale au bon sens du terme, c’est-à-dire une structure d’organisation intérieure et non pas une structure permettant des conquêtes impérialistes, doit avoir, comme Rome jadis, de grands projets d’aménagement, qui, dans la logique plus économique qui règne aujourd’hui, mobilise la main-d’oeuvre et relance la consommation intérieure tout en accélérant les communications. Friedrich List, économiste libéral dont se réclament pourtant bon nombre d’étatistes non libéraux, préconisait ce type de politique dès le milieu du 19ième siècle. De nos jours, le Plan Delors n’a pas reçu, au niveau européen, l’attention qu’il méritait, alors qu’il suggérait le développement de chemins de fer rapides et le lancement d’un programme de satellites de télécommunications. De même, l’Europe actuelle n’a pas les dimensions impériales requises aujourd’hui, dans la mesure où sa marine est trop faible, tant sur le plan militaire comme le déplore l’Amiral français Allain Coataena, que sur le plan de l’exploitation civile et océanographique. L’Europe ne développe pas assez de grands projets pour l’exploitation des fonds marins et océaniques. Mis à part les liaisons entre la Grande-Bretagne et le continent, les flottes côtières d’aéroglisseurs ou de catamarans ne sont pas assez développées dans les mers intérieures, y compris la Méditerranée.

23 septembre 2007

L’Occident tue l’âme des peuples, Edouard Rix

Publié par vertusetcombat dans Archives

« De toutes les grandes et déchirantes révisions d’idées que les Européens doivent, sous peine de mort, entreprendre aujourd’hui, la plus importante est sans aucun doute la redéfinition du concept central d’Occident », affirme Guillaume Faye. Dans l’Antiquité, on désignait par Occident l’Europe et par l’Orient les pays de l’Est méditerranéen. Toutefois depuis 1945, l’Occident ne se limite plus au seul continent européen, mais englobe l’ensemble des pays soumis au système capitaliste libéral, Etats-Unis et Japon inclus. Tous sont dominés par la « technique dans sa vocation planétaire » et par « l’homme selon sa subjectivité », selon la description de Martin Heidegger dans Introduction à la Métaphysique. A la suite de Carlos Rangel, nous pouvons définir l’Occident actuel comme un club concentrique dont les nations anglo-saxonnes et protestantes sont les membres fondateurs, Israël membre d’honneur, la France membre moral, en souvenir de 1789, les peuples latins, germaniques et slaves des membres inférieurs, les pays du Tiers-Monde des membres associés. Quant au Japon, il s’est lui même institué membre.

Le nouvel Occident, qui n’est plus eurocentré, a une vocation planétaire. Bien que les Etats-Unis constituent son épine dorsale, il n’est plus localisé géographiquement et tend à englober tous les pays du monde qui adhèrent à la nouvelle Sainte Trinité de la « libre entreprise » et du « libre échange », de la démocratie libérale et des droits de l’homme. Depuis la disparition du bloc soviétique, plus aucun obstacle ne paraît en mesure de freiner l’irrésistible expansion occidentale. L’Occident est devenu une civilisation mondiale qui s’oppose radicalement à l’Europe. En effet, la civilisation occidentale, enfant monstrueuse de la technique européenne et des idéologies égalitaires issues du judéo-christianisme, n’a rien de la civilisation européenne, sinon son dynamisme et son esprit d’entreprendre. Elle s’incarne pleinement dans l’Amérique du Nord et repose sur l’égalitarisme, ie consumérisme de masse, la dictature de l’économie, l’uniformisation du monde et la destruction de l’âme des peuples. Du marxisme à l’ultra-libéralisme, I’idéologie occidentale apparaît comme une simple laïcisation du monothéisme judéo-chrétien. Comme la chrétienté, elle entend abolir les différences, les races et les frontières, au nom de l’ambition universaliste de transformer les peuples de la Terre en sociétés identiques. Elle assigne comme finalité ultime à la civilisation la réalisation du bonheur individuel, sous l’unique forme du bien-être matériel et économique. Comment ne pas voir, dans le mythe occidental du progrès, la transposition pure et simple de l’utopie judéo-chrétienne de paradis et de fin de l’histoire ?

Ennemie de tout enracinement, de toute identité ethnique, nationale et culturelle, la civilisation occidentale produit partout l’homo occidentalis, déculturé. En établissant sur la planète entière une société unique, basée sur la dictature de la technique, de l’économie et de l’adrlinistration, elle réussit là où la civilisation marxiste soviétique a lamentablement échoué. Les techniques marchandes de l’Occident se sont effectivement révélées plus efficaces que les méthodes marxistes pour réaliser une société purement matérialiste. C’est pourquoi les Etats-Unis et le cosmopolitisme occidental ont remplacé l’URSS et l’internationalisme marxiste comme agent privilégié du mondialisme.

La civilisation occidentale prend la forme d’un Système, c’est-à-dire un ensemble d’éléments en interaction les uns avec les autres. Ce Système s’appuie sur deux piliers : l’impérialisme américanosioniste et le capitalisme multinational. Il s’incarne en une oligarchie mondiale qui exerce son pouvoir par l’intermédiaire d’Etats-relais (les USA notamment), de firmes et de banques, d’institutions internationales (Banque Mondiale, Fonds Monétaire International) et de groupes plus ou moins informels et discrets (Trilatérale ou Bilderberg Group). Le Systéme occidental est fort parce-qu’il n’a ni épicentre, ni chef d’orchestre clandestin. S’il est si difficile à combattre, c’est parce-que, selon l’excellente formule de Guillaume Faye, « sa périphérie est partout et son centre nulle part ». Il ne tient debout que par le consensus passif qu’il génère, par l’attrait du bien matériel qu’il suscite. Le Système s’auto-reproduit comme un cancer dont les métastases rongent le corps de l’humanité.

Le Système occidental secrète une idéologie dominante, l’idéologie des droits de l’homme. Destinée à désarmer ses ennemis, elle constitue aujourd’hui le discours et la doctrine de l’ensemble de l’Occident. « En réalité, la philosophie des droits de l’homme, qui prétend imposer une seule forme de régime politique (la démocratie libérale) à tous les peuples, a pour fonction essentielle d’apporter une légitimité morale au système occidental ». De Nagasaki et Hiroshima à l’Irak, en passant par le Vietnam, la Grenade et Panama, les principes des droits de l’homme ont toujours constitué la base doctrinale des pires crimes des Etats-Unis, comme d’ailleurs autrefois les grands principes du christianisme donnaient lieu aux conversions de force, à l’Inquisition et aux massacres. L’idéologie des droits de l’homme, dans laquelle communient religieusement toutes les sociétés marchandes occidentales, ne sert qu’à justifier le Système. Par exemple, la liberté universelle de circulation « des hommes et des marchandises » est un droit de l’homme. La déportation du travail, baptisée pudiquement « immigration » et l’invasion des marchés nationaux par les produits nordaméricains et extrême-orientaux sont ainsi moralement justifiés. Les droits de l’homme n’apparaissent dans ce cas, que comme les droits du capitalisme apatride à domestiquer, déraciner et exploiter les hommes.

Ne nous y trompons pas. Derrière les discours lénifiants sur les droits de l’homme se cache un féroce néo-colonialisme économique et culturel. Pour intégrer un pays à l’anti-civilisation occidentale, le Système impose l’anglo-américain comme langue du commerce et des « affaires », modifie sa musique, son cinéma, ses loisirs, ses habitudes alimentaires, et accessoirement lui inculque le nouvel évangile des droits de l’homme. Ainsi les produits culturels ouvrent la voie à « l’american way of life » et aux importations massives de biens de consommation. La jeunesse est la cible privilégiée de cette stratégie économico-culturelle. Il s’agit de subvertir ses valeurs propres afin de lui imposer les modes américanomorphes. La jeunesse européenne a été la première victime de cette véritable guerre culturelle.

La prise de conscience de la menace occidentale est la ligne de partage des valeurs appelée à se substituer à l’archaïque et stérile clivage Nord / Sud. Comme l’écrit Roger Garaudy : « Nous sommes en train de vivre une véritable guerre de religion. Non pas entre les chrétiens et les musulmans, ni entre croyants et non-croyants, mais entre les hommes de foi, c’est-à-dire ceux qui croient que la vie a un sens, et qu’ils sont responsables de le découvrir et de le réaliser, et cette religion sordide du marché qui prive de sens toute vie et nous conduit, par la cassure du monde, à un suicide planétaire ». Combattre l’Occident signifie défendre des valeurs éternelles de la civilisation européenne, et en même temps lutter pour la cause des peuples.

23 septembre 2007

Connaître l’ennemi, c’est analyser le Plan Brzezinski ! Max Steens Partie II

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Les trois scenarii de Jacques Attali pour la Turquie

Ce type de propos reçoit l’appui de toute une série de caisses de résonance en Europe. Je ne résiste pas à vous citer celle, ô combien pernicieuse de Jacques Attali, ex-patron de la BERD, qui, dans son Dictionnaire du 21ième siècle, traite de la Turquie. Attali imagine trois scénarii possibles pour ce pays: 1) devenir, “s’il est accepté”, un membre parmi d’autres de l’UE, “conférant à celle-ci la dimension musulmane qui lui man-que (ndlr: pourquoi?) pour retrouver sa vocation universelle” (ndlr: nos universités n’ont-elles pas dé-jà depuis toujours une vocation parfaitement universelle?); et Attali poursuit: “c’est ce choix que les Turcs préfèreraient aujourd’hui” (ndlr: cet optimisme semble être démenti par les manifestations populaires en Turquie). Faut-il dire, merci, Monsieur Erbakan, merci, Monsieur Eçevit, grâce à vous, bientôt, je ne serai plus un barbare intolérant et je recevrai, en même temps que mon identité islamique perdue, mon certificat d’humanisme (ndlr: mais Voltaire aurait-il été d’accord avec cet humanisme-là?), dûment estampillé par le Pentagone? Autre question: n’y a-t-il pas d’autres islams que l’ottoman?; 2) Deuxième scénario possible pour la Turquie: devenir le coeur d’un empire d’Asie centrale, qu’elle gère-rait pour le compte des Etats-Unis ou de leurs sociétés pétrolières; Attali: « C’est ce qui se passerait, si, au bout du compte, les Turcs se résigneraient à admettre que le chemin de l’Europe leur est définitive-ment fermé ». C’est là, à notre sens, une fausse alternative; car, dans le premier scénario comme dans le deuxième, les Etats-Unis sortent gagnants: l’Europe est balkanisée, par le truchement d’une « identité » (?) islamique parachutée, et, ipso facto, fragilisée par le risque permanent d’une guerre civile sur base religieuse; la Turquie avance les pions américains en Asie centrale, en agissant par procuration, et l’Europe et la Russie perdent tout accès aux voies de communications essentielles qui traversent ces terres et relient notre sous-continent aux aires civilisationnelles indienne et chinoise (d’où, paradoxalement, l’Europe, censée selon Attali devenir universelle par le parachutage d’un islamisme, ne pourrait pas s’universaliser d’une autre façon au contact avec les civilisations indienne et chinoise. Il y a donc de bons universalismes (ceux que veulent les Turcs, Attali et les Etats-Unis) et de mauvais universalismes (ceux qui vont dans l’intérêts des Européens et des Russes); 3) Troisième scénario: la Turquie se scinde en trois morceaux; un morceau européen (thrace); un morceau kurde; un morceau asiatique (anatolien).

Pour Jacques Attali, le premier scénario serait le meilleur pour l’Europe, qui deviendrait enfin « universelle » (?); le deuxième scénario serait le meilleur pour les Etats-Unis; mais, à notre avis, les Etats-Unis visent les deux, avec la Turquie comme pièce centrale d’un grand dispositif stratégique, qui, d’une part, affaiblirait l’Europe, non pas en la rendant “universelle”, mais en la rendant “composite”, donc plus difficilement gérable; d’autre part, cette même Turquie serait la tête de pont des Etats-Unis dans les zones riches en gaz et en hydrocarbures de l’Asie centrale et de la Caspienne, tout en éloignant la Russie de l’Océan Indien; le troisième scénario serait catastrophique, selon Attali, car il génèrerait la guerre dans la région, alors qu’à notre sens, il mettrait plutôt un terme au conflit kurde, avec un Kurdistan qui renouerait avec les autres peuples indo-européens de la région: les Arméniens et les Iraniens. Il mettrait également fin au conflit latent avec les voisins arabes, la Syrie et l’Irak, auxquels l’Europe et la Russie garantiraient le droit à bénéficier des eaux du Tigre et de l’Euphrate que les Turcs pompent pour irriguer (très mal) une partie de l’Anatolie. A cette géopolitique boiteuse d’Attali, s’ajoute, sur la place de Paris, lieu d’émergence de tous les délires, les idées tout aussi saugrenues d’un Emmanuel Todd (qui nous avait pour-tant habitués à des analyses plus fines). Pour Todd, l’intégration de la Turquie dans l’UE permettrait à la France d’avoir un grand allié jacobin dans l’Union Européenne pour lutter contre les formes de fédéralismes de facture germanique. Alors que ce fédéralisme allemand et autrichien a été imposé par les alliés en 1945 comme antidote à toute dérive totalitaire en Europe centrale! Todd veut tout simplement restaurer, sous des oripeaux soi-disant républicains et jacobins (dont nous n’avons que faire!), l’alliance calamiteuse du félon François I et du Sultan contre le Saint-Empire, la Hongrie et l’Espagne. On voit tout de suite poindre la vieille haine incurable du despotisme gallo-bodinien contre les libertés populaires et symbiotiques, propres de la vertu politique germanique et matrice de toutes les démocraties véritables (Islande médiévale, Habeas Corpus anglais, Charte de Kortenberg en Brabant, Paix de Fexhe en Pays de Liège, Libertés franc-comtoises, Serment du Rütli en Suisse, etc.).

Face à ces histrions parisiens, à ces traîtres, qui sont les alliés objectifs des traîneurs de sabre du Pentagone et du complexe militaro-mafieux turc, qui osent nous parler d’honneur, nous préférons l’honneur des grands visionnaires, des hommes d’Etat européens, des généraux de la trempe d’un Eugène de Savoie, qui ont oeuvré à l’unité du continent et qui ont si souvent trouvé face à eux cet ennemi implacable: l’Empire ottoman, préfiguration de la Turquie actuelle, membre de l’OTAN, mixtum compositum boiteux de fierté ottomane, de rationalisme caricatural kémaliste et d’islamisme revanchard.

Rappel: les rapports conflictuels entre l’Europe et le monde ottoman

Othman, chef d’une tribu turque fuyant les cavaliers de Gengis Khan, s’installe au 13ième siècle au Nord-Ouest de l’Asie mineure et se convertit à l’Islam. Ses successeurs feront tomber Byzance (en 1453, Constantinople est prise) et entraveront le commerce des Vénitiens et des Génois qui perdent définitivement leurs comptoirs en Méditerranée orientale (Rhodes), en Mer Noire et en Mer d’Azov. A partir de ce moment fatidique, comme l’a démontré Fernand Braudel, l’Occident fut contraint de se tourner vers l’Atlantique, car l’Europe fut bel et bien étranglée par la Sublime Porte qui interdisait la fluidité et le développement des échanges avec l’Extrême-Orient et l’Inde, qui avaient été constants depuis Alexandre et de-puis l’Empire romain.

L’Empire ottoman se fit le champion de l’invasion militaire et politique de l’Europe. En 1389, après la bataille du Kosovo (Champ des Merles), la puissance ottomane atteint le Danube, pièce maîtresse de la fluidité du trafic commercial en Europe, reliant la Mer du Nord au Golfe Persique. En 1453, Constantinople tombe. En 1526, à la bataille de Mohacs, la Hongrie et la Croatie indépendantes, unies depuis la Pacta Conventa de 1102, s’effondrent et cessent d’exister en tant qu’entités politiques. En 1529, Charles-Quint, se pare en dernier des gibelins, et veut restaurer le Saint-Empire romain de la Nation germanique; il est prit en tenaille entre la France félonne de François I, allié à la Turquie qui fait le siège de Vienne. Une trahison que nous ne pouvons pas oublier, quel que soit le cénacle dans lequel nous militons et oeuvrons, à “Terre & Peuple/Wallonie”, à “Synergies Européennes/Section de Bruxelles ou de Liège”, au “Bloc wallon” ou ailleurs, dans les colonnes des multiples revues qui existent dans notre ville (Devenir, Occident 2000, Le Bastion, Breuklijn, etc. ; nous devons jurer, tous, comme Philippe le Bon lors du Voeu du Faisan, en fidélité à l’Empereur Maximilien et aux aspects gibelins du règne de Charles-Quint, de la venger un jour, car c’est elle qui a permis à la monarchie puis à la république françaises de grignoter nos frontières légitimes, en commençant par nous enlever les trois évêchés de Metz, Toul et Verdun en 1552. Plus tard, ce seront l’Artois, le Hainaut méridional, la Flandre gallicane et le Westhoek, puis la Lorraine tout entière. Tout cela nous a été arraché par-ce qu’il y avait l’alliance entre la France et les Turcs. Sans la pression des Turcs à l’Est, nos troupes impériales auraient marché sur Paris, sous la conduite du Comte d’Egmont, et aurait mis un terme définitif aux menées anti-impériales et anti-européennes de l’Ouest gaulois, rebelle et parjure, mettant fin à un particularisme inutile et séditieux. Et garantissant à l’Europe des siècles de paix. Si la restauration impériale de Charles-Quint avait pu avoir lieu, nous n’aurions pas connu le désastre de 1648, que nos historiens ont appelé à juste titre le “Siècle des malheurs”, ni les guerres de Louis XIV, ni les crimes de la révolution française et du bonapartisme, ni les deux guerres mondiales.

De Lépante à Potemkine et Catherine II

A la fin du 16ième siècle, nous avons connu une période de répit, surtout grâce à la victoire magistrale de Don Juan d’Autriche à Lépante en 1571, où Cervantès fut fait prisonnier. Par cette victoire, l’Espagne de Philippe II et l’Europe coalisée reprennent Rhodes et la Méditerranée orientale, mais l’opposition franco-anglaise à la puissance espagnole changent la donne. Le 18ième siècle sera le théâtre de l’affrontement russo-turc. Catherine II, Impératrice énergique de la « Troisième Rome » et consciente des enjeux géostratégiques vitaux pour son Empire et pour ses débouchés économiques exprime nettement la volonté, avec son ministre Potemkine, de récupérer la Mer d’Azov et les embouchures du Don et du Dniepr. C’est dans le même ordre d’idée que la fin du 18ième siècle connaîtra une alliance porteuse d’Empire, s’il en est, l’alliance entre l’Autriche et la Russie contre l’Empire ottoman (1788-1790), afin de récupérer leurs zones d’influence sur le Danube et la Mer Noire. Mais cette alliance si prometteuse fut ruinée par les troubles révolutionnaires de la populace parisienne, entraînant tout l’hexagone dans son tourbillon de sang et d’horreur. Ces troubles étaient téléguidés par les services de Pitt, afin de menacer nos frontières, d’empêcher la réouverture de l’Escaut, la prise de Constantinople par les armées russes, la prise de Salonique par les troupes autrichiennes, hongroises et croates, le contrôle austro-russe de la Méditerranée orientale, cauchemar de Londres. Au 19ième siècle, les peuples des Balkans se soulèvent eux-mêmes; la lutte sera âpre de 1821 à 1840, avec pour épopée mémorable la libération de la Grèce, où s’est illustré Lord Byron (contre l’allié principal de l’Angleterre!). La Guerre de Crimée (1853-56) a été, elle, une véritable guerre anti-européenne, qui s’est soldée par la perte des positions russes sur le Danube et l’entrée de l’Angleterre dans les jeux complexes des Balkans.

En réalité, cette pénétration anglaise dans les Balkans vise à protéger Suez et l’Egypte et empêcher que ces positions clefs ne tombent aux mains d’une autre grande puissance européenne. Les petites puissances balkaniques alliées à l’Angleterre ont toujours été des avant-postes permettant à Londres de conserver l’Egypte. L’inclusion de Chypre dans l’Empire britannique n’avait d’ailleurs pas d’autre objectif. Mais cette présence anglaise provoque l’éclosion de la seule alliance euro-ottomane intéressante pour l’Europe en tant qu’entité civilisationnelle unitaire potentielle. Il s’agit de l’alliance entre l’Allemagne de Guillaume II et l’Empire ottoman. Celui-ci est dès lors satellisé par l’alliance austro-allemande et neutralisé. La puissance germanique, dominante dans cette alliance, impulse une direction géopolitique nouvelle à l’Empire ottoman: vers le Sud, en direction de Bassora et du Golfe Persique, de l’Océan Indien. Ipso facto, l’Empire ottoman abandonne sa volonté de pousser vers Vienne et de s’emparer de tout le cours du Danube, comme l’avait fait l’Empire romain en sens inverse, comme avait voulu le réaliser Byzance au départ de la même base territoriale anatolienne et thrace, mais cette volonté de l’Empire ottoman ne s’appuyait pas sur une logique européenne, euro-centrée, mais se faisait le fer de lance, la pointe avancée, d’une fabrication religieuse universaliste, dé-territorialisée dans ses principes, née dans le désert d’Arabie, qui considérait, de ce fait, l’Europe et ses peuples comme un ramassis d’incohérents auxquels il convenait d’apporter la « vraie foi ». Ce rôle subalterne est inacceptable pour nous. L’objectif de toute impérialité européenne est de se donner les moyens militaires et économiques pour dégager notre territoire de toute emprise hégémonique ou religieuse venue des steppes d’Asie ou des sables du Nedjed. Telle a été de toute façon la logique unique de l’histoire européenne, avant la décadence que nous subissons aujourd’hui. L’alliance de Guillaume II avec le Sultan visait à transformer l’Empire ottoman en fer de lance, non plus d’une fabrication religieuse d’origine arabique, mais de la culture et du savoir-faire germaniques, dont les peuples d’Anatolie, de Mésopotamie et de la péninsule arabique seraient les heureux bénéficiaires, notamment sur les plans économique et médical, la structure politique ottomane sur le déclin n’ayant plus été capable de développer de solides infrastructures pour le transport des personnes ou des biens ni un système hospitalier moderne.

Binôme fleuves-fer: Guillaume II sur le Chatt El ‘Arab

En 1898, Guillaume II effectue un voyage triomphal au Proche-Orient (Syrie, Palestine, Turquie). En 1903, il obtient du Sultan Abdul Hamid la création du tracé de chemin de fer Hambourg – Berlin – Byzance – Bagdad – Bassora. Caractéristique géopolitique et stratégique majeure de cette alliance et de ce voyage triomphal: on prend en compte le trafic fluvial, que l’on cherche à combiner à un réseau de chemin de fer, pour créer une double fluidité terrestre. Comme le Transsibérien en 1904, la mobilité ferroviaire est, à l’époque, la grande angoisse des Britanniques, qui craignent de perdre l’atout majeur de leur empire: la mobilité maritime. Les puissances continentales, grâce aux chemins de fer et à l’organisation des fleuves et des canaux, cessent d’être des masses territoriales enclavées, à mobilité réduite. En l’occurrence, dans le tandem germano-turc en Mésopotamie, le port de Bassorah, terminus de la ligne Hambourg-Golfe Persique, se situe sur le Chatt El ‘Arab, qui unit les arrière-pays irakien et perse et constitue une formidable fenêtre sur l’Océan Indien, espace maritime que les Britanniques considéraient comme leur chasse gardée. En asseyant leur présence dans le Golfe, les Allemands disposaient d’une bonne base de départ pour aborder le marché indien. A ce titre, l’Allemagne de Guillaume II encadrera le personnel dirigeant ottoman et enverra en Mésopotamie de nombreux ingénieurs et des instructeurs militaires (la Belgique, dans cette synergie, formant la gendarmerie et l’artillerie ottomanes). Une collaboration identique se mettra sur pied, à l’époque, avec la Perse (dont les troupes d’élite seront, elles, formées par des officiers sué-dois).

La leçon à tirer de l’alliance (éphémère) entre l’Allemagne de Guillaume II et l’Empire ottoman, c’est qu’une collaboration avec la Turquie, quelle qu’elle soit, ne peut se faire que selon un axe nord-sud, selon une logique longitudinale, comme l’a expliqué magistralement Haushofer, dans un de ses derniers articles en 1943.

Il s’agit d’être intraitable concernant toutes les pénétrations américano-islamiques, qui entendent briser toute unification hégémonique sur le continent eurasiatique. Il s’agit de s’opposer à la ceinture verte, à la ceinture mise en place par les Etats-Unis qui se profilent derrière leur allié turc, parce qu’un tel verrou territorial est en totale contradiction avec la vision de Karl Haushofer, qui pensait en terme globaux, mais non globalitaires, dans le sens où son monde idéal reste multipolaire, alors que le Plan Bzrezinski poursuit le rêve d’un monde unipolaire sous la domination des Etats-Unis.

Or nous savons, au moins depuis Carl Schmitt, que le monde n’est pas un universum politique mais un pluriversum, une juxtaposition plus ou moins bellogène plus ou moins pacifique d’entités de dimensions diverses ou de sphères hégémoniques. Ensuite, nous savons aussi, à la lecture de Carl Schmitt, qu’un pluriversum est finalement moins bellogène qu’en apparence, parce que les puissances s’équilibrent et parce que, dans un jeu pluriel, l’adversaire d’hier peut devenir l’allié de demain et vice-versa (comme Sun Tsu nous l’a enseigné par ailleurs). Et surtout, un pluriversum est moins injuste, car chacun agence son territoire comme il l’entend, comme le lui dictent son passé et ses traditions. En dépit de ce constat pertinent, qui part de Sun Tsu dans l’antiquité chinoise, pour aboutir à Carl Schmitt et à ses disciples, la force de persuasion de Bzrezinski (ou d’Attali) réside 1) dans l’apparente finesse de leur discours, en réalité un tissu de simplismes sommaires, face à des masses de télé-consommateurs complètement abruties et incultes; 2) dans l’alternative qu’ils nous proposent et qui fait peur aux belles âmes écervelées sans mémoire historique: soit la domination US (le paradis de la consommation) soit l’anarchie (avec de méchants dictateurs en uniforme). Nous, nous vous exhortons à refuser ce Charybde et Sylla otanesque; retrouvons plutôt l’héroïsme inhérent à l’Europe depuis Homère. Battons-nous sur tous les fronts. Faisons feu de tous bois. N’oublions pas que la force d’une civilisation se mesure à sa capacité de renaître.

20 septembre 2007

Libre pour faire quoi?

Publié par vertusetcombat dans Archives

« Tu te dis libre? je veux connaître les pensées qui prédominent en toi. Ce n’est pas de savoir si tu as échappé à un joug, qui m’importe : est tu de ceux qui ont le droit de se soustraire à un joug? Nombreux sont les hommes qui perdent leur dernière valeur quand ils cessent de servir. Libre de quoi? Qu’importe cela à Zarathoustra! Ton regard tranquille doit me répondre : libre pour faire quoi? »Nietzsche, « Ainsi parlait Zarathoustra ».

20 septembre 2007

Connaître l’ennemi, c’est analyser le Plan Brzezinski ! Max Steens Partie I

Publié par vertusetcombat dans Archives

Communication de Max Steens au séminaire de Bruxelles (22 février 2001) et au colloque de Sint-Pieters-Leeuw (21 avril 2001)

Après nos multiples études sur l’impérialisme américain en Europe et ailleurs dans le monde, nous constatons que cette puissance est la première ennemie de l’Europe. Mais comment articule-t-elle son inimitié à notre égard? Les documents les plus probants pour le découvrir sont justement les écrits de Zbigniew Brzezinski, consacrés à la géopolitique et à la géostratégie. Ce stratège américain dévoile au grand jour les intentions des Etats-Unis, tellement ils sont sûrs de leur puissance. Les thèses de Brzezinski sont connues, publiées; leur lecture permet de suivre les avancées de la stratégie américaine dans le monde (par exemple, dans la Guerre déclenchée pour le Kosovo en 1999).

Brzezinski a été le conseiller du Président Carter entre 1977 et 1981. Il est d’origine polonaise. Aujourd’hui, il est tout à la fois professeur d’Université (à Baltimore) et attaché au « Center for Strategic and Inter-national Studies » à Washington DC, bref au Pentagone et à l’OTAN.

Les thèses géopolitiques de Zbigniew Brzezinski

Les thèses géopolitiques de Z. Brzezinski sont également des thèses géo-économiques. Elles partent d’un double constat: 1) Les Etats-Unis d’Amérique possèdent une suprématie mondiale et sont la première puissance globale de l’histoire; 2) Il tire bon nombre d’enseignements de sa lecture des thèses du géopolitologue britannique Halford John Mackinder [qui, en son temps, démontra que la clef du pouvoir mondial se situe en Eurasie et qui, dès lors, prévoit avec ses homologues britanniques, dont Homer Lea, le con-tain-ment de toute émergence ou unification politique ou économique en Eurasie].

Brzezinski reconnaît aux Etats-Unis d’Amérique le statut de puissance impériale, de puissance hégémonique et mondiale, qui, tel l’Empire romain, se doit de progresser et de durer. En ce sens, Brzezinski ne se différencie pas par rapport à de nombreux stratèges et experts de l’Etat américain qui étudient les conditions de la puissance passée de l’Empire romain, comme Edward Luttwak. Si Brzezinski et Luttwak com-parent les Etats-Unis à Rome, à la Chine et aux Mongols (dont ils admirent la puissance militaire, ubiquitaire grâce à ses troupes de cavaliers nomades intervenant partout, comme la force de déploiement rapide des USA aujourd’hui), ils savent aussi que, depuis le 17ième siècle, l’Europe n’a pas, en tant que telle, un statut d’hégémonie, vu la rivalité entre les différents Etats européens, surtout depuis 1648 (Espagne, Portugal, France, Angleterre, Allemagne,…). Cet intérêt de Brzezinski et de Luttwak pour l’Empire romain et pour le morcellement européen depuis 1648, doit nous induire à étudier, à notre tour, les structures de cet Empire romain et à condamner l’esprit de division de 1648.

La puissance globale des Etats-Unis est unique car elle contrôle la totalité des océans et des mers, c’est-à-dire les côtes orientales et occidentales de l’Eurasie, le Golfe Persique et le Pacifique. De plus, elle a des vassaux et des tributaires sur l’ensemble des terres continentales. La puissance globale des Etats-Unis est prédominante, constate Brzezinski, dans quatre secteurs: l’économie, le domaine militaire, la technologie, la culture, à un point tel qu’aucune autre puissance ne peut rivaliser avec elle. Zbigniew Brzezinski loue la rapidité de décision et de mise en oeuvre du domaine militaire et cela, tous azimuts. Sur le plan métapolitique (culturel), Brzezinski constate que l’on admire et accepte dans le monde les modes américaines, comme les gestions de type démo-libéral, les créations musicales, les goûts vestimentaires et alimentaires, etc. Le terrain est donc propice à la mondialisation politique sous l’égide des Etats-Unis. Par exemple, les programmes de cinéma et de télévision présentent des productions qui, aux trois quarts, sont d’origine américaine. Les étudiants du monde entier sont incités à aller étudier aux Etats-Unis, ce qui leur donne des atouts supplémentaires pour leur carrière future.

Faire durer l’hégémonie totale des Etats-Unis

Brzezinski écrit qu’il entend faire durer cette situation d’hégémonie totale des Etats-Unis, même après la chute du Mur de Berlin et l’effondrement de l’URSS. Le problème à résoudre pour les stratèges américains, c’est de trouver la formule qui permettra aux Etats-Unis de garder leur statut d’unique puissance mondiale. Le corrélat en sera la redéfinition du rôle de l’OTAN. C’est ici que Brzezinski est clairement un héritier et un continuateur de Mackinder. Il sait que le lieu de la puissance est l’Eurasie et, plus précisément, cette région centrale que Mackinder nommait le Heartland, qui permet de commander cette grande île qu’est l’ensemble constitué par l’Asie, l’Europe et l’Afrique. A la suite de la puissance anglaise du 19ième siècle, Brzezinski va vouloir veiller à ce qu’aucune puissance n’émerge sur ce territoire que ce soit la France, la Russie, l’Allemagne…

Tout comme les géopolitologues anglais du début du siècle (Mackinder, Lea), comme Haushofer en Allemagne dans les années 20 et 30, comme notre compatriote Jean Thiriart avant son décès en 1992, ou comme notre camarade Guillaume Faye aujourd’hui, Brzezinski sait que ce territoire comporte plus de cerveaux et de matières premières (minerais, hydrocarbures, gaz) et constitue un espace géostratégique et géo-économique de première importance. En ce sens, Brzezinski redoute une unification et une intégration européennes cohérentes, comme il redoute une véritable puissance asiatique, qu’elle soit chinoise ou japonaise. De ce fait, son projet repose sur une négation voulue des grandes lignes de force de l’histoire européenne, car, à notre sens, l’histoire européenne n’est qu’une longue marche pour que ce continent de-vienne un sujet historique.

Pour empêcher l’émergence de ce continent unifié, Brzezinski va 1) planifier et théoriser l’élargissement de l’OTAN, compris comme instrument de pénétration et de défense des intérêts américains dans le monde. Brzezinski reformule son rôle. 2) Il élabore le fameux projet de “Nouvelle Route de la Soie” (New Silk Road), qui permet de maîtriser à terme les grandes voies de communications au coeur de la masse continentale asiatique et ses accès dans le Caucase et au Moyen-Orient. De cette façon, les Etats-Unis en-tendent placer toute l’Asie centrale sous tutelle par le biais de la mainmise américaine sur les ressources énergétiques présentes dans ces zones.

L’Europe unifiée (l’UE) est dès lors écartée de l’exercice du pouvoir géopolitique, car ces deux objectifs majeurs de Brzezinski feront en sorte que: 1) l’Europe ne sera jamais une puissance économique auto-suffisante ni, par suite, une puissance militaire indépendante. Ces deux critères d’indépendance (et de souveraineté) sont bien mis en exergue aujourd’hui par le Prof. Brzezinski et ne sont donc pas de simples souvenirs des théories de Carl Schmitt, de Montesquieu de Clausewitz ou de quelques sbires hitléro-nippons… De toute manière, Brzezinski avoue ses intentions: l’Europe occidentale doit se transformer en simple tête de pont des Etats-Unis en Eurasie. 2) Par le projet “Nouvelle Route de la Soie”, les Etats-Unis re-lancent la pratique du containment de la Russie, comme Mackinder l’avait préconisé à deux reprises, en 1904, lors de l’inauguration du Transsibérien, et en 1919, au moment du triomphe des bolcheviques. Conclusion: ôter l’auto-suffisance énergétique de l’Europe, la réduire au rôle de simple tête de pont et contenir la Russie sont autant de stratagèmes qui seront mis en oeuvre en jouant la carte islamique, surtout la carte néo-ottomane via le nouvel allié privilégié, la Turquie. Il y a donc désormais convergence d’intérêt entre le monde islamique et les Etats-Unis, comme l’a souligné avec brio Alexandre Del Valle.

Ecarter la Russie, intégrer la Turquie

Ces stratégies et l’utilisation des cartes islamique et turque impliquent, chez Brzezinski: 1) Premièrement, la volonté d’isoler l’Europe de la Russie (voire du monde slavo-orthodoxe). Il s’agit, en toute bonne logique héritée de Mackinder et de Lea, d’empêcher la formation d’un grand espace stratégique eurasiatique. Pour parvenir à cette fin, les services américains vont d’abord tout mettre en oeuvre pour faire éclater la Russie historique en autant de morceaux que possible. Washington joue dans cette optique la car-te des républiques turcophones d’Asie centrale. Brzezinski veut y ajouter la carte ukrainienne, ce qui fait dire à Guennadi Ziouganov que la Russie d’aujourd’hui est réduite à la Moscovie du 17ième siècle. L’Américain d’origine polonaise Brzezinski confère un rôle important à l’Ukraine et à la Pologne dans son scénario, aussi pour dissocier territorialement l’Allemagne réunifiée de la Russie mutilée. Brzezinski prévoit pour l’Europe un futur dispositif de sécurité reposant sur la France, l’Allemagne, la Pologne et l’Ukraine. En tablant sur les républiques musulmanes et turcophones de l’Asie centrale, il veut, en fait, réactualiser les objectifs britanniques de la Guerre de Crimée (1853-1856). Le but de cette guerre avait été d’empêcher l’accès russe au Bosphore et aux Dardannelles, c’est-à-dire à la Méditerranée orientale, et, via l’In-dus, à l’Océan Indien. Bref, empêcher l’Empire russe d’atteindre les mers chaudes. Cette pratique du containment est aujourd’hui réactualisée par la création d’un glacis périphérique intérieur islamo-occidental.

Deuxièmement 2), pour verrouiller l’accès de la Russie aux mers chaudes, pour déstabiliser l’unité européen-ne en devenir, pour dominer la politique et l’économie de l’Asie centrale (que Brzezinski appelle les “Balkans eurasiens”) et pour dominer les Balkans d’Europe, l’Amérique et l’OTAN possèdent un atout majeur: l’allié turc. Brzezinski actualise ainsi une stratégie déjà mise en oeuvre jadis lors de la Guerre de Crimée, où l’Angleterre, dans sa campagne anti-russe, vole au secours de l’Empire ottoman moribond, en en-traînant la France et la Sardaigne dans son sillage. L’objectif est d’empêcher les Russes d’avoir accès au pétrole d’Asie centrale et de la zone de la Caspienne, d’une part, d’avoir une politique d’ouverture et de collaboration avec l’Europe occidentale (l’UE), d’autre part. Cette politique s’observe clairement dans le choix américain des oléoducs: Washington opte délibérément pour le tracé turc (Bakou-Ceyhan) contre le tracé russe aboutissant en Mer Noire. En échange, notre professeur de stratégie polono-américain donne une consigne aux dirigeants de l’UE: « L’Amérique devrait profiter de son influence en Europe pour soutenir l’influence éventuelle de la Turquie au sein de l’Union européenne et mettre un point d’honneur à la traiter comme européenne ».

A suivre…

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